nsi kongo


Amour pour la terre Kongo

par Ayrton Sen



J'ai grandi à Kinshasa et je devrais de prime abord me considérer plus kinois que tout autre chose. Cependant, vous aurez l'occasion de vous rendre compte ci-dessous pourquoi l'appartenance au Bas-Congo que je revendique est plus que fondee.

Je suis né en France il y a 27 printemps, mais c'est "Kin la belle" (d'aucuns l'appellent aujourd'hui "Kin la poubelle") qui fut le cadre de mes études primaires et secondaires ... de belles années de privilèges et d'insouciances, bercées dans une naive allegresse que je me surprends parfois à regretter ... Mea culpa! ...

... Malgre le "Droit du sol" francais, je n'ai jamais opté pour la nationalité française par un soucis d'attachement VISCERAL à ma MERE PATRIE. Et alors que je peux postuler pour la nationalité américaine depuis maintenant plus de 2 ans, cet incommensurable amour pour la TERRE DE MES ANCETRES n'arrive toujours pas à être supplante par les impératifs pratiques ou autres avantages administratifs (obtention de visa, établissement en Occident, etc...) que miroite la détention d'un passeport europeen ou americain. Appellez-moi naif si vous le voulez, mais j'aime bien le bleu foncé de mon passeport congolais!

Je connais assez bien Kinshasa .... je retrouverais facilement mon chemin s'il vous était donné de me lacher en plein milieu de Kalamu, Barumbu, Ngiri-Ngiri, Selembao, Bumbu, Makala, Mont-Ngafula, Limete, Lemba .... ne mentionnons même pas les communes de Ngaliema, Kintambo, Lingwala, Bandalungwa ou Gombe car l'exercice serait alors pûrement enfantin .... "faute avouée, faute à moitié pardonnée": ce sont les communes de Kimbanseke, N'djili et Masina qui me poseraient quelques gros problemes .... mais bon, passons!

Dès mon plus jeune âge, mon père eut tôt fait de m'inculquer l'amour de NOTRE TERROIR. En effet, c'est depuis ma tendre enfance jusqu'à mon départ de Kinshasa à la fin des études secondaires qu'il m'emmenait 4 à 5 fois par an au fin fond du pays des Bantandu (ethnie du Bas-congo à laquelle il appartient). Ainsi chaques vacances de Paques, chaque vacance de Noël et chaque congé de détente, nous prenions la route du Bas-Congo en famille. Il s'agissait parfois des véritables caravanes motorisées dignes d'un Paris-Aras-Dakar qui regroupaient plusieurs vehicules dans lesquels avaient pris place des frères, des cousins et des amis. Après avoir depassé Kasangulu, après nous être arrêtés à Luila pour saluer le vieux patriarche Diomi Ndongala, et après avoir acheté quelques fruits à Madimba, nous empruntions la route non-asphaltée au niveau de Kisantu, ville à l'activité fébrile bordant la rivière Inkisi.
A l'époque les 120 km séparant cette bourgade de 45.000 habitants à Kinshasa étaient parcourus en 1 heure et 30 minutes .... on me dit qu'il ne faut pas moins de 6 à 10 heures pour faire le même trajet aujourd'hui .... où va-t-on? ....

... Après une visite suivie d'une restauration au "Jardin Botanique de Kisantu", présenter nos respects à Son Eminence l'Evêque et effectuer un bref passage chez les Pères Jésuites étaient des rituels auxquels nous ne pouvions déroger en aucun cas ... C'est donc à Kisantu que nous quittions la route macadamisee; celle-ci avait vite fini de disparaître derrière l'épais écran de poussière rouge que nous soulevions au passage de nos véhicules.
J'ai toujours eu pour coutume de rejeter le confort relatif qu'offraient les jeeps 4x4 climatisees, preferant me tenir a l'arriere d'un camion ou d'une camionette afin de vivre chaque soubresaut, chaque secousse, chaque balancement que produit la conduite epique pour rallier Kinsantu a l'arriere-pays Muntandu .... le rythme du voyage etait lent ou rapide selon l'époque de l'annee dans laquelle nous nous trouvions car la route etait extremement sablonneuse au milieux de la saison seche tandis qu'elle était fortement bourbeuse en pleine saison des pluies … a l’arriere du camion regnait generalement une ambiance d’allegresse et cadencee de chansons entonnees en cœur, une ambiance qui contrastait totalement avec le silence religieux de l’habitacle du vehicule dans lequel etaient les parents … a l’arriere du camion, le foulard couvrant la bouche et le nez etait de rigueur, sinon c'etait ouvrir une large porte a l'angine, a la sinusite et a la conjonctivite .... quant a la poussiere qui s'etaient attachee a la racine des cheveux, un seul lavage de la tete n'etait guere suffisant pour en venir a bout ... a la descente du camion, nos visages etaient tellement empourpres de poussiere rouge qu'on eut aisement cru que nous etions des creuseurs de diamant a Tshikapa.

... l’etape du Marche de Kimpemba etait un passage oblige avant de rouler vers Nselo et Kinzau, les villages ou reside le gros de ma famille paternelle ... Si le monde entier cultivait l’hospitalite que nous rencontrions dans toutes ces contrees, le monde serait un veritable eden ... Puisque le matriarcat fait generalement autorite chez les Bakongo, nous avions l’obligation de nous rendre egalement sur les terres des Bambata (ethnie de ma mere) ... nous allions vers Lemfu, puis Kimasa, ensuite Ngidinga, avant de nous arreter a Vinda Malele ... Je me rappelle encore des baignades dans la rivieve Mfidi dans les environs de Nzomfi .... ah quelles tendres annees ...

En fait je baragouine un petit peu le kikongo mais je le comprend assezz bien ... Le kikongo se revelait etre necessaire pour ceux d’entre nous dont le regard avait croise celui d’une "fille locale" et qui caressaient le tendre reve de gagner le cœur de celle-ci ... mais comme les internats catholiques de la Sous-Region et de la Collectivite jouissaient d’une excellente reputation, beaucoup de kinois et de kinoises venaient y etudier ... la presence de ces kinoises au fin fond du Bas-Congo facilitait grandement la vie des "pseudo-Casanovas" qui se trouvaient parmi nous ... ces courtisans venus de Kinshasa que nous etions avaient donc l’outrecuidance d’aller braver le courroux des religieuses qui regentaient ces internats d'une main de fer! .... rassurez-vous, je ne figurais pas parmi ces dragueurs inveteres (meme si je l’etais, vous le dirais-je?) ... rires .... Je me rappelle des matchs de football que nous disputions contre les jeunes des differents villages.
Il s’agissait la de veritables combats d’anthologie qui faisaient se rencontrer des Kinois aux prouesses techniques hors-pair et jouant un football sophistique face a des jeunes villageois a la condition physique irreprochable. En fait, le combat etait carrement inegal entre ces jeunes villageois faisant quotidiennement une dizaines de kilometres a pied pour se rendre a l’ecole ou aux champs et nous autres les kinois ayant grandi au beurre et aux petits oignons, accoutumes a effectuer le moindre deplacement en voiture et pour qui simplement marcher de Kintambo Magasin a Kintambo Velodrome etait inimaginable ... Comme ils nous battaient constament, nous resolumes de faire des equipes mixtes .... C'est a ce moment-la que la victoire nous souriait parfois ....
Ah chers amis le pays KONGO me manque veritablement.

Ayrton