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R.D.C.
Justine Kasa Vubu appelle les politiciens congolais à rester à
l'écoute du peuple
KINSHASA,
12 mai (AFP) - Justine Mpoyo Kasa Vubu, fille du premier président
du Congo indépendant, Joseph Kasa Vubu, a appelé dimanche les
hommes politiques congolais à se rapprocher du peuple pour mieux le
servir, à son retour à Kinshasa après un exil de près
de quatre ans en Belgique.
"Les politiciens doivent rester à l'écoute du peuple",
a-t-elle déclaré ajoutant qu'il (peuple) a beaucoup souffert
et a droit à tous les égards.
Ministre de la Fonction publique et de la Prévoyance sociale
et ambassadrice de RDC en Belgique, sous Laurent-Désiré Kabila,
elle a félicité les participants au dialogue intercongolais
ajoutant que "la classe politique doit aller plus loin", en référence
à l'accord de Sun City sur la gestion consensuelle de la transition.
L'accord conclu le 18 avril entre le gouvernement de Kinshasa et la
rébellion du mouvement de libération du Congo (MLC, soutenu
par l'Ouganda) et une majeure partie de l'opposition non armée et
les forces vives (société civile) a été rejeté
par le rassemblement congolais pour la démocratiesoutenu par le Rwanda).
Cet accord prévoit le maintien de Joseph Kabila à la tête
du pays pendant la période de transition et confie le poste de Premier
ministre à Jean-Pierre Bemba, dirigeant du MLC.
Avant de quitter Bruxelles, Justine Mpoyo Kasa Vubu, également
présidente du Mouvement des Démocrates (MD), avait déclaré
qu'elle voulait participer au "vrai dialogue intercongolais qui va avoir
lieu maintenant", sans plus de détails.
Elle a été accueillie à son arrivée à
l'aéroport de Ndjili par ses proches encadrés par le service
du protocole de l'Hôtel de ville de Kinshasa.
Pas de divergences de vues entre le MLC et le gouvernement (officiel).
KINSHASA, 12 mai (AFP) - Le ministre délégué à
la présidence, Katumba Mwanke, a déclaré, dimanche,
au cours d'un point de presse à Kinshasa qu'il n'y avait pas de divergences
de vue entre le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) et le
gouvernement de Kinshasa.
"Le président de la République Joseph Kabila s'est engagé
dans son dernier discours à respecter le contenu de l'accord signé
à Sun City", a-t-il indiqué au retour d'une mission mixte
MLC-gouvernement, à Gbadolité (Equateur, nord-ouest) auprès
du Premier ministre désigné, Jean-Pierre Bemba.
Cette mission coupe court à une série de rumeurs propagées
ces derniers jours à Kinshasa sur "des divergences de vues entre
le gouvernement et le MLC.
Le secrétaire général du MLC, Olivier Kamitatu,
qui a fait partie de la délégation, a souligné que la
mission avait rendu compte au Premier ministre désigné, des
activités de la délégation du MLC depuis son arrivée
à Kinshasa, avant de se rendre à Matadi (Bas-Congo) pour l'élaboration
d'un projet de constitution pour la période de transition.
"L'élaboration du texte de la constitution pour la période
de transition est un travail important, un travail d'experts et on ne pouvait
aller à Matadi sans un document", a affirmé Olivier Kamitatu
ajoutant qu'"il est tout à fait normal que le Premier ministre soit
informé de l'évolution de la situation avant que nous ne
nous rendions à Matadi".
"Nous devions donc discuter du projet de constitution, mais aussi informer
le Premier ministre du calendrier de ce travail, de la réunification
de l'armée, de la mise en place d'un état-major réunifié
et de la réunification du pays".
Il a par ailleurs affirmé que les signataires de l'accord de
Sun City étaient prêts à aller n'importe où
pour rencontrer le rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma,
soutenu par le Rwanda), "mais seulement si ces derniers veulent reconstruire
le pays".
"Nous espérons que les 30% qui n'ont pas signé l'accord
vont se joindre à nous et que les populations pourront alors s'exprimer
librement sur ce qu'elles veulent", a-t-il dit.
La Rdc à l’heure de la télé-immigration
(Un article de Godefroid Bwiti Lumisa
)
(Syfia Rdc)
Voir l’Europe est le rêve de nombre d’Africains !
Mais en Rdc, c'est de la folie quand les télés locales s’en
mêlent. Depuis 2-3 ans, elles produisent en Europe des émissions
qui cartonnent à Kinshasa, et mettent l’eau à la bouche des
jeunes, gagnés par le virus de l’immigration...
"Feux verts". C’est la plus célèbre des émissions
de variétés, diffusée sur la chaîne de télévision
privée Antenne A. Son présentateur, Zacharie Bababaswe, est
devenu, pour les musiciens et les jeunes des deux Congo, presque un mythe.
C’est lui qui le premier a bousculé le paysage musical congolais,
en présentant de Bruxelles, l’émission "Polémiques générales".
Diffusée il y a trois ans sur la chaîne publique Rtnc, elle
se faisait l’écho des orchestres congolais en tournée à
Paris, Bruxelles, Genève ou Londres...Très vite, l’émission
a fait un tabac auprès du public, surtout jeune, inspirant d’autres
chaînes privées. Six parmi les treize chaînes que compte
Kinshasa ont depuis créé des émissions aux titres accrocheurs
: "Euro Show", "Ouragan", " Célébrités 100 %"... Mais
Feux verts bat chaque samedi soir, des records d’audience. A lui tout seul,
le générique est très captivant , commente Abdan Masosa,
un jeune cambiste du quartier animé de Matonge à Kinshasa. Le
générique, sur fond musical langoureux, est une véritable
carte postale de la capitale belge. On y voit défiler ses belles avenues,
ses monuments et places célèbres... ² Moi, je ne rate jamais
l’émission² , lance José Mwanda, un ancien vendeur de
journaux de la Place Victoire. ² Avant, dit-il, il était difficile
de suivre les concerts de nos orchestres en Europe. Mais maintenant, deux
ou trois jours après, nous voyons leur production dans les salles mythiques
comme l’Olympia, Zénith, Bercy à Paris, Madeleine ou la Forêt
royale à Bruxelles.²Les nouvelles sur la musique et la vie des
stars ne constituent pas l’unique attrait de ces émissions. Elles
véhiculent aussi tout l'imaginaire lié à l'Europe.
² Ces émissions nous font rêver, dit Abdan. Car elles nous
font découvrir des endroits célèbres dont on entend souvent
parler comme les Champs Elysées, la Tour Eiffel, Roissy à Paris
ou encore Zaventem, l’Atomium à Bruxelles...² 35 ans, divorcée
et faisant des ² petites affaires² , Julienne Likalo explique son
intérêt ² Souvent, dit-elle, on peut voir un membre de
famille, une amie partie longtemps en Europe... Mais il y a aussi l’ambiance
qui règne là-bas, comment les gens s’habillent, mangent.
Nous les envions !² Naissent alors toutes sortes de tentations.
² Ces émissions vous poussent, si vous êtes à côté
d’une copine ou de votre femme, de la bercer de l'espoir que vous y serez
bientôt. Moi, j’ai même été tenté de vendre
la parcelle familiale pour me payer un billet² , confesse Abdan.Signes
extérieurs de réussite.
En Europe, ces émissions font courir musiciens et Congolais de
la diaspora, en mal de publicité. Les uns s’y affichent pour vanter
leur succès, exhiber leurs belles voitures achetées grâce
à une tournée. D’autres leurs fringues et chaussures aux griffes
célèbres, signes extérieurs de leur réussite
en Europe... Il faut ² prouver² très vite que le rêve
de sa vie a été réalisé !Ces émissions
sont animées sur un ton de polémique et de rivalité
entre musiciens, et entre présentateurs des chaînes concurrentes,
souvent au mépris de toute règle de déontologie. Arrivés
en Europe par la grâce d’un sponsor, ces jeunes présentateurs
ne reçoivent pas de salaire de leurs chaînes. Ils vivent de
la promotion des activités des sponsors (brasseries locales concurrentes),
des affaires des Congolais de la diaspora ou des musiciens.Installé
depuis près d’un an à Argenteuil, dans la banlieue parisienne,
Serge Kayembe produit ² Ouragan² , qui passe sur Tropicana tv.
Il explique la genèse de cette nouvelle vague d’émissions.
² Avant, nous étions souvent obligés d’attendre le retour
des musiciens au pays et de se fier à ce qu’ils nous racontaient,
de vrai ou de faux. Maintenant, ce n’est plus le cas !² , dit-il. Serge
reconnaît que ces images qui fascinent les jeunes les poussent à
immigrer en Europe. ² C’est vrai qu’on assiste à l’ouverture
mentale de notre jeunesse, qui voit à travers les musiciens et Congolais
de la diaspora des exemples de réussite. Mais si dans notre pays l’économie,
la politique ne marchent pas, au moins la musique marche. Nous ne pouvons
pas, hélas, arrêter ces émissions parce que le reste
va mal au pays² , regrette-t-il.Faut pas rêver.
Ainsi se renforcent les illusions sur la "belle vie" des Congolais en
Europe. Comment alors faire ² avaler² aux jeunes que l’Europe
n’est pas l’eldorado !. Stéphane Lema, qui vit à Paris depuis
16 ans et exploite une maison de production et de distribution de CD et K7
vidéo à Château Rouge, explique cette difficulté.
Nous recevons des lettres des membres de famille qui disent que nous sommes
leur sauveur, leur Moïse... Si nous ne faisons rien, c’est une honte.
Mais si nous leur disons que l’Europe n’est pas le paradis, ils nous demandent
pourquoi alors on ne rentre pas au pays.²Les ² gestes² posés
à l’endroit des familles restées au pays sont considérés
comme des signes d’une vie ² facile² en Europe. Quant on voit
à la télé un ami à peine parti là-bas
qui fait voyager sa femme, quand des proches vont à Western Union
toucher de l’argent venant de là, quand des véhicules d’occasion
débarquent ici, ou encore des vêtements... nous refusons de
croire que c’est dur l’Europe , tranche José Mwanda.Ces émissions
sont-elles prêtes à renoncer à entretenir l'illusion
et le flux migratoire ? J’ai commencé, dit Serge Kayembe, à
faire comprendre aux gens que la vie en Europe n’est pas si facile qu’on
le pense. Ils ne doivent pas rêver. Ils doivent savoir qu’on n'est
jamais mieux que chez soi. Godefroid Bwiti Lumisa
Canada : les pièges de la polygamie (un article de Nicole Defoy)
(Syfia Canada)
Si les épouses de polygames jouissent d’une certaine considération
sociale en Afrique, il n’en va pas de même au Canada où la justice
ne lésine pas avec la polygamie. Quand Odette a voulu quitter l’Afrique
afin d’immigrer au Canada, elle pensait que tout irait comme sur des roulettes.
Son mari n’y était-il pas installé depuis quelques années
avec leurs quatre enfants qui, tous, fréquentaient déjà
l’école ? Mais elle a déchanté lorsque les fonctionnaires
ont refusé sa demande d’immigration sous prétexte qu’elle n’était
que la deuxième épouse de son mari, qui avait déjà
parrainé une première femme, naturalisée canadienne…Heureusement,
ils ont accepté qu’elle présente une demande de résidence
permanente avec considération humanitaire, ce qui lui a permis d’entrer
au Canada où sa requête sera évaluée d’ici quelques
mois… En attendant, Odette se débrouille comme elle peut. Comme
son statut lui interdit de travailler et qu’elle n’a pas droit à
l’aide sociale puisque son époux lui verse une petite pension alimentaire,
elle tire le diable par la queue. "Odette est dans la m…", résume
Sylvie Lorion, du Centre social d’aide aux immigrants, qui l’a aidée
quand elle s’est retrouvée sans le sou dans les rues glaciales de
Montréal. "Ce qui est dur pour elle, c’est qu’en Afrique, en tant
que seconde épouse, elle jouissait d’une certaine considération
au plan social. Ici, elle n’a plus aucun statut !"Le cas d’Odette n’est
pas unique, loin de là ! Bien qu’il n’existe pas, à proprement
parler, de statistiques sur la polygamie au Canada, on sait qu'elle se pratique
discrètement parmi certains des 500 000 musulmans du pays, dont quelque
150 000 sont d’origine africaine. Si les fonctionnaires éludent poliment
toute question sur le sujet, il en va autrement à l’organisme montréalais
"Afrique au féminin", qui tente de familiariser les immigrantes africaines
aux habitudes du Québec.Souffrance et isolement.
L’intervenante Augustine Matumona cite le cas d’une Sénégalaise
qui s’est suicidée car elle ne supportait pas la présence
d’une seconde épouse, plus jeune, non plus que l’isolement dans lequel
son mari la maintenait, faisant tout pour qu’elle ne soit pas "contaminée
par la société d’accueil". Elle se rappelle aussi cette autre
Africaine qui a choisi de rentrer au Sahel, n’ayant pu se résoudre
à dénoncer son mari aux autorités. "La plupart des
femmes africaines répugnent à dénoncer leur mari même
si elles savent que le droit canadien est de leur côté", dit-elle.
Mais sur le coup de la colère, pour contrer une injustice ou parfois
par vengeance, certaines n’hésitent pas à le faire, quitte
à risquer elles aussi d'être renvoyées au pays.Si la
polygamie fut autrefois pratiquée au Canada par certaines populations
autochtones et, plus tard, par les Mormons, aujourd'hui le Code criminel
canadien ne lésine plus avec les polygames. Sur dénonciation,
le "coupable" peut encourir jusqu'à 5 ans de prison, payer une amende,
être obligé de divorcer et, dans certains cas, peut même
être expulsé dans son pays d’origine. C’est ce qui a failli
arriver à un ressortissant d’Afrique du Nord qui s’est marié
au Canada, "oubliant" l’épouse légitime qu’il avait laissée
au pays natal. Offusqué, le père de cette dernière
l’a dénoncé aux autorités canadiennes et a entamé
une bataille juridique qui ne prit fin que lorsque le polygame – menacé
de subir les foudres de l’État – accepta de divorcer de sa première
épouse afin de demeurer au Canada.
Qu’elles viennent du Congo, de la Guinée, du Togo, du Sénégal ou de l’Algérie, nombre d’épouses de polygames n’ont d’autre recours que de revendiquer le statut de réfugié. Elles sont alors hébergées quelques semaines dans des organismes de bienfaisance, le temps de recevoir divers services facilitant leur intégration. "Le plus difficile, dit une avocate spécialisée dans les droits de la personne, c’est la période d’attente qui peut durer de 4 à 12 mois. C’est une étape pénible à vivre. Elles se retrouvent privées de leur identité sociale et de leurs repères habituels, sans aucune garantie d’obtenir le statut de réfugié".Une réalité que les responsables du Centre des Femmes de Montréal connaissent bien : "Les Africaines qui immigrent au Canada sont confrontées à un choc culturel immense, affirme une intervenante. Certaines se retrouvent dans une grande précarité matérielle et éprouvent une forte douleur morale, voire de la honte. Car les Africaines sont des femmes fières, qui n’ont pas l’habitude de demander de l’aide en dehors de leur réseau amical et familial".Le mode de vie urbain et l’environnement social ne constituent pourtant pas un terreau fertile pour la polygamie au Canada. "Les appartements ne sont pas assez grands et les femmes en viennent à éprouver de la jalousie les unes pour les autres, dit Anne Sidonie, originaire du Cameroun et responsable de la Maison africaine de Montréal.
Elles comparent aussi leur vie avec celle des Canadiennes, qui sont indépendantes
et ont de nombreux droits."À mesure que le temps passe, qu’elles connaissent
les mécanismes de protection sociale et qu’elles s’intègrent
à la société d’accueil, les femmes obligées de
vivre clandestinement une situation de polygamie s’en laissent de moins en
moins imposer, que le conjoint soit d’accord ou pas. Celles qui ont des enfants
ont même une autre raison de se réjouir : un récent jugement
de la Cour suprême du Canada protège les droits des enfants
d’immigrées en favorisant le rapprochement d’avec leur mère.
Un espoir pour Odette…
Nicole Defoy (Montréal)