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Ngoma Thomas

Au sommaire du 13 mai 2002:
République Démocratique du Congo
Justine Kasa Vubu appelle les politiciens congolais à rester à l'écoute du peuple
Pas de divergences de vues entre le MLC et le gouvernement (officiel)
La Rdc à l’heure de la télé-immigration .
Canada : les pièges de la polygamie par Nicole Defoy.

R.D.C.
Justine Kasa Vubu appelle les politiciens congolais à rester à l'écoute du peuple
 
 KINSHASA, 12 mai (AFP) - Justine Mpoyo Kasa Vubu, fille du premier président du Congo indépendant, Joseph Kasa Vubu, a appelé dimanche les hommes politiques congolais à se rapprocher du peuple pour mieux le servir, à son retour à Kinshasa après un exil de près de quatre ans en Belgique.

"Les politiciens doivent rester à l'écoute du peuple", a-t-elle déclaré ajoutant qu'il (peuple) a beaucoup souffert et a droit à tous les égards.

Ministre de la Fonction publique et de la Prévoyance sociale et ambassadrice de RDC en Belgique, sous Laurent-Désiré Kabila, elle a félicité les participants au dialogue intercongolais ajoutant que "la classe politique doit aller plus loin", en référence à l'accord de Sun City sur la gestion consensuelle de la transition.

L'accord conclu le 18 avril entre le gouvernement de Kinshasa et la rébellion du mouvement de libération du Congo (MLC, soutenu par l'Ouganda) et une majeure partie de l'opposition non armée et les forces vives (société civile) a été rejeté par le rassemblement congolais pour la démocratiesoutenu par le Rwanda).

Cet accord prévoit le maintien de Joseph Kabila à la tête du pays pendant la période de transition et confie le poste de Premier ministre à Jean-Pierre Bemba, dirigeant du MLC.

Avant de quitter Bruxelles, Justine Mpoyo Kasa Vubu, également présidente du Mouvement des Démocrates (MD), avait déclaré qu'elle voulait participer au "vrai dialogue intercongolais qui va avoir lieu maintenant", sans plus de détails.

Elle a été accueillie à son arrivée à l'aéroport de Ndjili par ses proches encadrés par le service du protocole de l'Hôtel de ville de Kinshasa.

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Pas de divergences de vues entre le MLC et le gouvernement (officiel).

KINSHASA, 12 mai (AFP) - Le ministre délégué à la présidence, Katumba Mwanke, a déclaré, dimanche, au cours d'un point de presse à Kinshasa qu'il n'y avait pas de divergences de vue entre le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC) et le gouvernement de Kinshasa.

"Le président de la République Joseph Kabila s'est engagé dans son dernier discours à respecter le contenu de l'accord signé à Sun City", a-t-il indiqué au retour d'une mission mixte MLC-gouvernement, à Gbadolité (Equateur, nord-ouest) auprès du Premier ministre désigné, Jean-Pierre Bemba.

Cette mission coupe court à une série de rumeurs propagées ces derniers jours à Kinshasa sur "des divergences de vues entre le gouvernement et le MLC.

Le secrétaire général du MLC, Olivier Kamitatu, qui a fait partie de la délégation, a souligné que la mission avait rendu compte au Premier ministre désigné, des activités de la délégation du MLC depuis son arrivée à Kinshasa, avant de se rendre à Matadi (Bas-Congo) pour l'élaboration d'un projet de constitution pour la période de transition.

"L'élaboration du texte de la constitution pour la période de transition est un travail important, un travail d'experts et on ne pouvait aller à Matadi sans un document", a affirmé Olivier Kamitatu ajoutant qu'"il est tout à fait normal que le Premier ministre soit informé de l'évolution de la situation avant que nous ne nous rendions à Matadi".

"Nous devions donc discuter du projet de constitution, mais aussi informer le Premier ministre du calendrier de ce travail, de la réunification de l'armée, de la mise en place d'un état-major réunifié et de la réunification du pays".

Il a par ailleurs affirmé que les signataires de l'accord de Sun City étaient prêts à aller n'importe où pour rencontrer le rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma, soutenu par le Rwanda), "mais seulement si ces derniers veulent reconstruire le pays".

"Nous espérons que les 30% qui n'ont pas signé l'accord vont se joindre à nous et que les populations pourront alors s'exprimer librement sur ce qu'elles veulent", a-t-il dit.

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La Rdc à l’heure de la télé-immigration (Un article de Godefroid Bwiti Lumisa )
(Syfia Rdc)
Voir l’Europe est le rêve de nombre d’Africains !
Mais en Rdc, c'est de la folie quand les télés locales s’en mêlent. Depuis 2-3 ans, elles produisent en Europe des émissions qui cartonnent à Kinshasa, et mettent l’eau à la bouche des jeunes, gagnés par le virus de l’immigration...
"Feux verts". C’est la plus célèbre des émissions de variétés, diffusée sur la chaîne de télévision privée Antenne A. Son présentateur, Zacharie Bababaswe, est devenu, pour les musiciens et les jeunes des deux Congo, presque un mythe. C’est lui qui le premier a bousculé le paysage musical congolais, en présentant de Bruxelles, l’émission "Polémiques générales".
Diffusée il y a trois ans sur la chaîne publique Rtnc, elle se faisait l’écho des orchestres congolais en tournée à Paris, Bruxelles, Genève ou Londres...Très vite, l’émission a fait un tabac auprès du public, surtout jeune, inspirant d’autres chaînes privées. Six parmi les treize chaînes que compte Kinshasa ont depuis créé des émissions aux titres accrocheurs : "Euro Show", "Ouragan", " Célébrités 100 %"... Mais

Feux verts bat chaque samedi soir, des records d’audience. A lui tout seul, le générique est très captivant , commente Abdan Masosa, un jeune cambiste du quartier animé de Matonge à Kinshasa. Le générique, sur fond musical langoureux, est une véritable carte postale de la capitale belge. On y voit défiler ses belles avenues, ses monuments et places célèbres... ² Moi, je ne rate jamais l’émission² , lance José Mwanda, un ancien vendeur de journaux de la Place Victoire. ² Avant, dit-il, il était difficile de suivre les concerts de nos orchestres en Europe. Mais maintenant, deux ou trois jours après, nous voyons leur production dans les salles mythiques comme l’Olympia, Zénith, Bercy à Paris, Madeleine ou la Forêt royale à Bruxelles.²Les nouvelles sur la musique et la vie des stars ne constituent pas l’unique attrait de ces émissions. Elles véhiculent aussi tout l'imaginaire lié à l'Europe.  ² Ces émissions nous font rêver, dit Abdan. Car elles nous font découvrir des endroits célèbres dont on entend souvent parler comme les Champs Elysées, la Tour Eiffel, Roissy à Paris ou encore Zaventem, l’Atomium à Bruxelles...² 35 ans, divorcée et faisant des ² petites affaires² , Julienne Likalo explique son intérêt ² Souvent, dit-elle, on peut voir un membre de famille, une amie partie longtemps en Europe... Mais il y a aussi l’ambiance qui règne là-bas, comment les gens s’habillent, mangent. Nous les envions !²  Naissent alors toutes sortes de tentations. ² Ces émissions vous poussent, si vous êtes à côté d’une copine ou de votre femme, de la bercer de l'espoir que vous y serez bientôt. Moi, j’ai même été tenté de vendre la parcelle familiale pour me payer un billet² , confesse Abdan.Signes extérieurs de réussite.

En Europe, ces émissions font courir musiciens et Congolais de la diaspora, en mal de publicité. Les uns s’y affichent pour vanter leur succès, exhiber leurs belles voitures achetées grâce à une tournée. D’autres leurs fringues et chaussures aux griffes célèbres, signes extérieurs de leur réussite en Europe... Il faut ² prouver² très vite que le rêve de sa vie a été réalisé !Ces émissions sont animées sur un ton de polémique et de rivalité entre musiciens, et entre présentateurs des chaînes concurrentes, souvent au mépris de toute règle de déontologie. Arrivés en Europe par la grâce d’un sponsor, ces jeunes présentateurs ne reçoivent pas de salaire de leurs chaînes. Ils vivent de la promotion des activités des sponsors (brasseries locales concurrentes), des affaires des Congolais de la diaspora ou des musiciens.Installé depuis près d’un an à Argenteuil, dans la banlieue parisienne, Serge Kayembe produit ² Ouragan² , qui passe sur Tropicana tv. Il explique la genèse de cette nouvelle vague d’émissions. ² Avant, nous étions souvent obligés d’attendre le retour des musiciens au pays et de se fier à ce qu’ils nous racontaient, de vrai ou de faux. Maintenant, ce n’est plus le cas !² , dit-il. Serge reconnaît que ces images qui fascinent les jeunes les poussent à immigrer en Europe. ² C’est vrai qu’on assiste à l’ouverture mentale de notre jeunesse, qui voit à travers les musiciens et Congolais de la diaspora des exemples de réussite. Mais si dans notre pays l’économie, la politique ne marchent pas, au moins la musique marche. Nous ne pouvons pas, hélas, arrêter ces émissions parce que le reste va mal au pays² , regrette-t-il.Faut pas rêver.

Ainsi se renforcent les illusions sur la "belle vie" des Congolais en Europe. Comment alors faire ² avaler² aux jeunes que l’Europe n’est pas l’eldorado !. Stéphane Lema, qui vit à Paris depuis 16 ans et exploite une maison de production et de distribution de CD et K7 vidéo à Château Rouge, explique cette difficulté. Nous recevons des lettres des membres de famille qui disent que nous sommes leur sauveur, leur Moïse... Si nous ne faisons rien, c’est une honte. Mais si nous leur disons que l’Europe n’est pas le paradis, ils nous demandent pourquoi alors on ne rentre pas au pays.²Les ² gestes² posés à l’endroit des familles restées au pays sont considérés comme des signes d’une vie ² facile² en Europe. Quant on voit à la télé un ami à peine parti là-bas qui fait voyager sa femme, quand des proches vont à Western Union toucher de l’argent venant de là, quand des véhicules d’occasion débarquent ici, ou encore des vêtements... nous refusons de croire que c’est dur l’Europe , tranche José Mwanda.Ces émissions sont-elles prêtes à renoncer à entretenir l'illusion et le flux migratoire ?  J’ai commencé, dit Serge Kayembe, à faire comprendre aux gens que la vie en Europe n’est pas si facile qu’on le pense. Ils ne doivent pas rêver. Ils doivent savoir qu’on n'est jamais mieux que chez soi. Godefroid Bwiti Lumisa

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Canada : les pièges de la polygamie (un article de Nicole Defoy)
(Syfia Canada)
Si les épouses de polygames jouissent d’une certaine considération sociale en Afrique, il n’en va pas de même au Canada où la justice ne lésine pas avec la polygamie. Quand Odette a voulu quitter l’Afrique afin d’immigrer au Canada, elle pensait que tout irait comme sur des roulettes. Son mari n’y était-il pas installé depuis quelques années avec leurs quatre enfants qui, tous, fréquentaient déjà l’école ? Mais elle a déchanté lorsque les fonctionnaires ont refusé sa demande d’immigration sous prétexte qu’elle n’était que la deuxième épouse de son mari, qui avait déjà parrainé une première femme, naturalisée canadienne…Heureusement, ils ont accepté qu’elle présente une demande de résidence permanente avec considération humanitaire, ce qui lui a permis d’entrer au Canada où sa requête sera évaluée d’ici quelques mois… En attendant, Odette se débrouille comme elle peut. Comme son statut lui interdit de travailler et qu’elle n’a pas droit à l’aide sociale puisque son époux lui verse une petite pension alimentaire, elle tire le diable par la queue. "Odette est dans la m…", résume Sylvie Lorion, du Centre social d’aide aux immigrants, qui l’a aidée quand elle s’est retrouvée sans le sou dans les rues glaciales de Montréal. "Ce qui est dur pour elle, c’est qu’en Afrique, en tant que seconde épouse, elle jouissait d’une certaine considération au plan social. Ici, elle n’a plus aucun statut !"Le cas d’Odette n’est pas unique, loin de là ! Bien qu’il n’existe pas, à proprement parler, de statistiques sur la polygamie au Canada, on sait qu'elle se pratique discrètement parmi certains des 500 000 musulmans du pays, dont quelque 150 000 sont d’origine africaine. Si les fonctionnaires éludent poliment toute question sur le sujet, il en va autrement à l’organisme montréalais "Afrique au féminin", qui tente de familiariser les immigrantes africaines aux habitudes du Québec.Souffrance et isolement.

L’intervenante Augustine Matumona cite le cas d’une Sénégalaise qui s’est suicidée car elle ne supportait pas la présence d’une seconde épouse, plus jeune, non plus que l’isolement dans lequel son mari la maintenait, faisant tout pour qu’elle ne soit pas "contaminée par la société d’accueil". Elle se rappelle aussi cette autre Africaine qui a choisi de rentrer au Sahel, n’ayant pu se résoudre à dénoncer son mari aux autorités. "La plupart des femmes africaines répugnent à dénoncer leur mari même si elles savent que le droit canadien est de leur côté", dit-elle. Mais sur le coup de la colère, pour contrer une injustice ou parfois par vengeance, certaines n’hésitent pas à le faire, quitte à risquer elles aussi d'être renvoyées au pays.Si la polygamie fut autrefois pratiquée au Canada par certaines populations autochtones et, plus tard, par les Mormons, aujourd'hui le Code criminel canadien ne lésine plus avec les polygames. Sur dénonciation, le "coupable" peut encourir jusqu'à 5 ans de prison, payer une amende, être obligé de divorcer et, dans certains cas, peut même être expulsé dans son pays d’origine. C’est ce qui a failli arriver à un ressortissant d’Afrique du Nord qui s’est marié au Canada, "oubliant" l’épouse légitime qu’il avait laissée au pays natal. Offusqué, le père de cette dernière l’a dénoncé aux autorités canadiennes et a entamé une bataille juridique qui ne prit fin que lorsque le polygame – menacé de subir les foudres de l’État – accepta de divorcer de sa première épouse afin de demeurer au Canada.

Qu’elles viennent du Congo, de la Guinée, du Togo, du Sénégal ou de l’Algérie, nombre d’épouses de polygames n’ont d’autre recours que de revendiquer le statut de réfugié. Elles sont alors hébergées quelques semaines dans des organismes de bienfaisance, le temps de recevoir divers services facilitant leur intégration. "Le plus difficile, dit une avocate spécialisée dans les droits de la personne, c’est la période d’attente qui peut durer de 4 à 12 mois. C’est une étape pénible à vivre. Elles se retrouvent privées de leur identité sociale et de leurs repères habituels, sans aucune garantie d’obtenir le statut de réfugié".Une réalité que les responsables du Centre des Femmes de Montréal connaissent bien : "Les Africaines qui immigrent au Canada sont confrontées à un choc culturel immense, affirme une intervenante. Certaines se retrouvent dans une grande précarité matérielle et éprouvent une forte douleur morale, voire de la honte. Car les Africaines sont des femmes fières, qui n’ont pas l’habitude de demander de l’aide en dehors de leur réseau amical et familial".Le mode de vie urbain et l’environnement social ne constituent pourtant pas un terreau fertile pour la polygamie au Canada. "Les appartements ne sont pas assez grands et les femmes en viennent à éprouver de la jalousie les unes pour les autres, dit Anne Sidonie, originaire du Cameroun et responsable de la Maison africaine de Montréal.

Elles comparent aussi leur vie avec celle des Canadiennes, qui sont indépendantes et ont de nombreux droits."À mesure que le temps passe, qu’elles connaissent les mécanismes de protection sociale et qu’elles s’intègrent à la société d’accueil, les femmes obligées de vivre clandestinement une situation de polygamie s’en laissent de moins en moins imposer, que le conjoint soit d’accord ou pas. Celles qui ont des enfants ont même une autre raison de se réjouir : un récent jugement de la Cour suprême du Canada protège les droits des enfants d’immigrées en favorisant le rapprochement d’avec leur mère. Un espoir pour Odette…
Nicole Defoy (Montréal)


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