Selon Me Puati, Bundu dia Kongo revendique l’autonomie et non l’indépendance du Kongo Central

Plusieurs personnes dans l’opinion assimilent la revendication de l’ABAKO et de Bundu dia Kongo en tentative de proclamation de l’indépendance de par province du Bas-Congo, d’autant plus que ces deux associations la dénomment le plus librement du monde « Etat du Kongo Central ». Pourtant, dans une interview à La Cité Africaine, Me Puati Ngoma, avocat, analyste politique et secrétaire général de l’ODEP (Organisation pour la défense des droits de l’homme et des peuples) soutient qu’il ne s’agit pas d’indépendance mais plutôt d’une autonomie revendiquée dans le cadre du fédéralisme adopté par la classe politique congolaise et approuvée par les Congolais lors du référendum constitutionnel du 1er août 1964.

La Cité Africaine (Citaf) : Me Puati Ngoma, vous avez récemment, en tant qu’avocat, défendu les dirigeants de l’ABAKO, devant la Cour de sûreté de l’Etat. Aujourd’hui, vous intervenez encore dans le procès des membres de Bundu dia Kongo devant la même juridiction. S’agit-il dans et l’autre cas d’un procès d’essence politique comme beaucoup le pensent au sein de l’opinion publique ?

Maître Puati Ngoma (Me Puati) : Il est vrai que tous les membres de l’ABAKO que ceux de Bundu dia Kongo jugés actuellement devant la Cour de sûreté de l’Etat, il leur est reproché des infractions liées à la jouissance des libertés publiques et à l’expression de leur opinion politique. C’est en cela qu’on peut les qualifier de procès politiques.

Citaf : De quelle opinion politique est-il alors question ? Me Puati : Pour l’ABAKO, il s’est agi d’une lettre adressée au président de la République dans la quelle des dirigeants ont exprimé leur opinion sur l’état de la situation politique de notre pays tandis que pour Bundu dia Kongo il était plus question de commémorer pacifiquement un anniversaire, le 40ème de la création de la province du Kongo central aujourd’hui Bas-Congo.

Mais dans les deux cas, c’est en réalité une suggestion qui est faite aux dirigeants du pays de tenir compte du fédéralisme comme forme de l’Etat et mode de gestion de notre pays, la RDCongo, en crise profonde de légitimité du pouvoir politique.

Citaf : Justement, beaucoup de personne dans l’opinion, assimilent la revendication de l’ABAKO et de Bundu dia Kongo en tentative de proclamation de l'indépendance de la province du Bas-Congo d’autant plus que ces deux associations dénomment le plus librement du monde « Etat du Kongo central ».

Me Puati : Commençons par la dénomination Kongo central. Dans l’entendement de l’ABAKO et de Bundu dia Kongo, l’appellation authentique de la province du Bas-Congo est Kongo central telle que consacrée par la Constitution dite de Luluabourg du 1er août 1964. Cette même constitution a consacré le fédéralisme comme forme de l’Etat et mode de gestion politique de notre pays. Dans cette constitution, la province jouit d’une autonomie politique. D’où la terminologie de « Province autonome du Kongo central » qu’on y retrouve.

IL ne s’agit donc pas d’indépendance mais plutôt d’une autonomie politique revendiquée tant par l’ABAKO que par Bundu dia Kongo, dans le cadre du fédéralisme adopté par la classe politique congolaise et approuvée par les Congolais lors du référendum sur la Constitution du 1er août 1964.

Citaf : Mais pourquoi une bonne frange de l’opinion nationale a tendance a tendance à assimiler le fédéralisme au séparatisme ?

Me Puati : Là se trouve tout le problème de refus du débat politique ou du combat d’idées dans notre pays, débouchant dangereusement sur l’intolérance politique qu’on déplore même dans le chef du pouvoir. En réalité ceux qui assimilent le fédéralisme au séparatisme le font non par raison mais par pur sentimentalisme car beaucoup de grands pays du monde comme la RDC, en termes de dimensions géographiques, (Etas-Unis, Brésil, Australie, Canada, Russie, Inde) et même moins étendus que la RDC (Allemagne, Belgique, Suisse, Nigeria, Afrique du Sud) ont adopté le fédéralisme comme forme de l’Etat conformément au principe de l’unité dans la diversité et de l’autonomie de la diversité. Le fédéralisme porte en soi les germes de la démocratie et du développement, dès lors qu’il rapproche le pouvoir politique de la base, donc du peuple.

 

Citaf : Me Puati, vous êtes aussi secrétaire général de l’Organisation de la défense des droits de l’homme et des peuples, ODEP en sigle. Quels objectifs poursuivez-vous dans le cadre de cette association ?

Me Puati : En fait, c’est une jeune association (asbl) dans le but, comme l’indique sa dénomination, et la défense des droits de l’homme de des peuples, consacrés par les différents instruments juridiques tant nationaux qu’internationaux tels que les droits civils et politiques. Par exemple, la démocratie et le fédéralisme sont les droits politiques du peuple congolais que notre association entend défendre.

Citaf : Face aux enjeux politiques de l’heure (accord global et inclusif aux termes du dialogue intercongolais), quelle analyse de la situation faites-vous puisque vous êtes aussi analyste politique ?

Me Puati : Je déplore singulièrement l’absence d’analyse de fonds sur les causes majeures de la crise politique qui perdure dans notre pays. La RDC vit depuis le coup d’Etat de Mobutu en 1965 dans une crise de légitimité d’Etat. En 1964, la classe politique a résolu la crise née après l’accession du pays à l’indépendance par l’adoption du fédéralisme comme forme de l’Etat, avec la Constitution du 1er août 1964, dite Constitution de Luluabourg. Pour un pays vaste comme la RDC, de surcroît, pluriethnique, la démocratie et le fédéralisme sont les deux remèdes qui peuvent le guérir de la longue crise de légitimité du pouvoir d’Etat. Même la guerre qui sévit à l’Est du pays peut trouver solution dans la démocratie (élection libre et démocratique) et le fédéralisme (rapprochement du pouvoir politique de la base avec l’autonomie politique des entités de base).

 

Citaf : Votre mot de la fin ?

Me Puati : En tant qu’avocat et défenseur des droits de l’homme, je stigmatise ici l’intolérance politique qui demeure dans notre pays, en résistant comme une maladie chronique. Alors que notre pays a adopté la charte congolaise des droits de l’homme et du peuple le 30 juin 2001 alors qu’il a souscrit à presque tous les accords, conventions et traités internationaux en matière des droits de l’homme et des peuples. Je ne puis comprendre qu’on puisse régulièrement porter atteinte à ces mêmes instruments juridiques, par des traitements du genre répression policière, meurtrière, des manifestations pacifiques, arrestations des personnes pour leurs opinions idéologiques, politiques ou religieuses ( BDK, ABAKO, Bana Mpeve…). Bref, sans la tolérance politique, partant le respect des droits de l’homme et des peuples de la part du pouvoir, point de développement harmonieux et durable.

 

Interview réalisé par Philippe Ngoma N.