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Diomi Ndongala : « le vice – président issu de la composante
opposition
politique ne pourra, en aucun cas, être imposé à ses pairs
par d’autres
composantes… » • Le critère pour départager les différents candidats à la vice-présidence |
Le vice-président issu de la composante opposition politique ne pourra, en aucun cas, être imposé à ses pairs par d’autres composantes, car cela constituerait une entorse inacceptable au principe général contenu dans l’Accord de Lusaka, relatif au statut paritaire dont bénéficient les participants au processus du dialogue, en tant que membres de leurs composantes d’appartenance. M. Diomi Ndongala, président de la Démocratie Chrétienne et du regroupement Front pour la survie de la démocratie (FSD) et candidat à la vice-présidence de la République, qui le souligne son interview à La Cité Africaine, définit le contenu de cette haute charge dans le contexte actuel que vit le Congo. Il donne aussi le critère devant aider à départager les différents candidats à la vice-présidence de l’opposition politique, en faisant remarquer que la composante opposition politique est tout à fait souveraine pour ce qui concerne la désignation interne. « Ceux qui voudraient imposer le système de consensus à tout prix comme moyen de désignation, au risque de nous faire vivre des situations de blocage, devraient, par souci de cohérence logique, demander d’imposer le même système aux autres composantes », indique-t-il, ajoutant que « ce qui est valable pour les autres composantes, doit être valable aussi pour l’opposition politique ».
QUESTIONNAIRE CITAF
1. LES NEGOCIATIONS INTERCONGOLAISES SONT ENTREES DANS UNE PHASE DECISIVE. COMMENT ENTREVOYEZ-VOUS LE PROCESSUS MENANT VERS L’APPLICATION EFFECTIVE DE L’ACCORD DE PRETORIA ?
DIOMI NDONGALA : Le processus de paix animé par les belligérants avec le concours actif des composantes non armées de la société congolaise, n'est pas le fruit d'une simple "entente", mais d'un long chemin de négociation politique qui a eu son aboutissement dans l'Accord Global et Inclusif signé le 17 décembre à Pretoria par toutes les parties impliquées dans ce processus. La paix ne peut qu'être un objectif politique dans le contexte actuel d'entropie avancée qui caractérise encore l'Etat congolais. Voilà pourquoi, c'est à la lumière d'une lecture « strictement politique » qu'on doit d'abord analyser et interpréter correctement l'Accord Global et Inclusif signé le 17 décembre 2002 à Pretoria.
En d'autres termes, sans la « volonté politique », cet accord n'a même pas d'existence légale dans notre ordonnancement juridique. Cela étant, la clef de voûte pour comprendre et apprécier sa valeur, doit être recherchée dans la volonté de toutes les parties à s'engager sincèrement dans sa mise en œuvre.
Dans les accords politiques, comme celui signé à Pretoria le 17/12/2002, la « garantie de bonne fin » n'est pas de caractère "contraignant" mais elle est dépendante essentiellement de la volonté de tous les acteurs engagés dans le processus de paix, de faire aboutir la négociation politique par l'adoption de solutions de compromis acceptées par tous et que toutes les parties impliquées s'engagent à mettre en oeuvre.
Dans cette optique, l'opinion nationale congolaise ainsi que la communauté internationale ont un rôle de premier plan à jouer, en exerçant des pressions constantes sur les parties belligérantes, qui seraient tentées de se donner, encore une fois dans l’histoire de notre pays, à la malheureuse et néfaste pratique du « poker menteur », en bluffant sur la volonté de paix et de reconstruction de tout un peuple.
Les militantes de la Démocratie Chrétienne ont récemment marché, avec les femmes d’autres forces vives de la nation, pour exiger la mise en application de l’Accord de Pretoria dans le meilleur délai. Voilà un exemple de l’engagement commun de nous tous, qui souligne la nécessité pour tous les Congolais de s’engager dans la recherche de la paix, qui ne doit pas être l’affaire de seuls belligérants ou négociateurs mais l’affaire de nous tous.
Concrètement, les différentes étapes qui mèneront vers l’application effective de l’Accord sont centrées autour de l’adoption de la Constitution par la plénière du Dialogue Inter congolais et la nécessite de solutionner les questions sécuritaires concernant les institutions de la transition. Ces écueils feront l’objet du travail des commissions ad hoc qui vont se réunir avant la convocation du Dic avec le médiateur et son staff d’experts. Néanmoins, au-delà du processus « technique » de mise en application, ce qui prime, dans ce genre de processus strictement politiques est la bonne volonté de toutes les parties de respecter leur engagement envers le peuple congolais et la vigilance, de tous les Congolais, pour que personne n’ose nous arracher l’espoir de paix et de réunification de notre pays.
2. EN VOTRE QUALITE DE CANDIDAT A LA VICE – PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE POUR LE COMPTE DE L’OPPOSITION POLITIQUE, QUEL EST LE CONTENU QUE VOUS DONNEZ A CETTE HAUTE CHARGE DANS LE CONTEXTE ACTUEL QUE VIT LE CONGO ?
La Vice-Présidence chargée de la coordination des affaires culturelles et humanitaires a un grand rôle à jouer dans l’espace présidentiel, car elle aura manifestement un rôle de propulsion et modération : -De propulsion, pour ce qui concerne le lancement effectif du processus de démocratisation, par la praxis politique et la promotion de la tolérance ainsi que de la réconciliation nationale ; -De modération, en jouant le rôle de « fusible » entre les anciens belligérants qui devront se reconvertir entièrement et sans ambiguïté au combat pacifique et à la sauvegarde effective des intérêts supérieurs de la nation.
Cela étant, le Vice-Président issu de l’opposition politique devra être l’interprète fidèle du combat pacifique mené par l’opposition politique et certainement pas le « soutien » occulte de l’un ou l’autre des anciens belligérants, car cela provoquerait nécessairement une altération des équilibres prévus par l’Accord de Pretoria, qui serait objectivement négative par rapport à l’objectif fondamental de la transition qui est l’heureux aboutissement du processus électoral.
Le Vice-Président issu de la composante opposition politique ne pourra pas, en aucun cas, être imposé à ses pairs par d’autres composantes car cela constitueraient une entorse inacceptable au principe général contenu dans l’Accord de Lusaka, relatif au statut paritaire dont bénéficient les participants au processus du dialogue, en tant que membres de leur composante d’appartenance.
C’est pourquoi, plutôt qu’apporter un programme propre et élaboré par sa formation politique, il est impérieux que le vice-Président issu de la composante opposition politique s’engage d’abord et ouvertement à appliquer fidèlement l’ensemble des résolutions adoptées par la Commission chargée des questions culturelles et humanitaires au sein du Dialogue Inter congolais et qui ont déjà été adoptées par la plénière du DIC.
En plus de cela, son rôle sera celui d’être présent sur le terrain, pour faire face aux immenses défis de la plus grande crise humanitaire à l’échelle planétaire que le Congo est en train de vivre et dont la réelle dimension tragique sera appréciée seulement avec la réunification effective du territoire nationale et le retour qu’on devra coordonner et superviser, de millions de réfugiés et déplacés congolais qui sont éparpillés tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays et qui sont complètement demunis…
D’autant plus que le rôle du Vice-Président issu de la composante opposition politique sera aussi celui d’opérer effectivement en vue du réarmement moral de notre population meurtrie par la guerre et qui devra, cependant, s’impliquer sans atermoiements, dans l’immense tâche de la reconstruction nationale. Il s’agit d’un travail titanesque qu’exige des idées claires et la capacité effective de se mettre au service des congolais.
3.QUEL SERA LE CRITERE POUR DEPARTAGER LES DIFFERENTS CANDIDATS A LA VICE –PRESIDENCE AU SEIN DE L’OPPOSITON POLITIQUE ?
DIOMI NDONGALA: L’opposition politique, contrairement aux composantes rebelles et, en partie, à la composante gouvernement, n’est pas une composante monolithique dont la leadership est essentiellement « militaire ».
Tant l’Opposition Politique que la société civile ont un caractère pluriel, qui d’ailleurs, a apporté au processus du dialogue le dynamisme de la société congolais : en effet, son rôle au sein du DIC, était justement celui de faire participer les forces vives de la nation et les partis politiques pacifiques et démocratiques, au processus de mise en place d’un nouvel ordre politique.
Le système de désignation du représentant de l’opposition politique dans l’espace présidentiel ne pourra que concerner les 26 chefs de délégation de l’opposition politique qui constitueront, en quelque sorte, les grands électeurs de leur composante.
Nous allons tout d’abord rechercher un consensus entre tous les chefs de délégation pour voir si un des candidats peut faire l’unanimité autour de sa personne, par rapport à son profil et aux tâches qui l’attendent. Si la désignation par consensus était infructueuse, alors j’estime qu’il ne devrait pas y avoir d’inconvénients pour que, en son sein, la composante plurielle « opposition politique », représente par les 26 chefs de délégation présents à Sun City, puisse passe au vote pour designer son représentant au sein de l’espace présidentiel.
D’ailleurs, cette éventualité a été ouvertement évoquée par la médiation, lors de négociations politiques de Pretoria.
En effet, la composante Opposition Politique est tout à fait souveraine pour ce qui concerne la désignation interne. D’ailleurs, ceux qui voudraient imposer le système du consensus à tout prix comme moyen de désignation, au risque de nous faire vivre des situations de blocage, devraient, pour cohérence logique, demander d’imposer le même système aux autres composantes, lesquelles, au contraire, n’auront jamais disposée à accepter, pour des raisons évidentes, l’imposition d’un système de désignation qui vient de l’extérieur.
Ce qui est valable pour les autres composantes, doit être valable aussi pour l’opposition politique.
4. LA COMPOSANTE MLC EST DANS LA TOURMENTE. LES TRISTES EVENEMENTS DE l’ITURI-BENI L’ACCABLE DE CRIMES ODIEUX CONTRE LES DROITS DE L’HOMME. QUELLE EST VOTRE PROPRE LECTURE DE CES EVENEMENTS ?
DIOMI NDONGALA : Comme j'ai déjà eu l'occasion de le souligner, rien ne justifie la reprise des hostilités.
Au FSD/DC, nous condamnons l'attitude irresponsable des belligérants impliqués dans la reprise des hostilités, qui dénote un grade élevé d'inconscience de la part des seigneurs de la guerre impliqués dans les affrontements en Ituri.
Ils ont promis de se recycler en « seigneurs de la paix » mais la tentation du pire semble avoir dominé sur le respect de la parole donnée. D'autant plus qu'aucune justification de caractère politique ne peut être avancée comme prétexte pour la reprise des hostilités, le lendemain de la signature d'un accord cadre sur la transition.
L'opprobre de l'opinion nationale et internationale qui est en train de tomber sur ceux qui « bluffent sur la paix », démontre amplement que leur calcul, en ce moment, a été complètement erroné.
Leur gesticulation guerrière ne leur apportera rien, ni du point de vue du contrôle du territoire, ni du point de vue de la négociation sur le partage des responsabilités.
Néanmoins, il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas d'une simple « erreur stratégique » car ces évènements sont en train de coûter la vie à des Congolais, alors que d'autres seraient soumis, selon le récent rapport de la MONUC, à des graves violations des droits de l'homme.
L'impunité ne pourra pas couvrir cet énième poker menteur des belligérants, rendu encore plus grave par la violation d'un engagement à la cessation des hostilités qui vient d'être librement souscrit. La transition pré-électorale ne pourra pas être inscrite sous le signe de l'impunité mais celui de la Justice.
En effet, la transition pré-électorale ne doit pas être entendue comme la consécration de la prise du pouvoir par la force, mais comme le passage nécessaire pour permettre au peuple congolais de se prononcer et juger souverainement, au cours des élections.
Nous devons créer les conditions pour que le jugement des urnes puisse se réaliser, car, présentement, ces conditions n’existent pas. Dans cette optique, il est extrêmement important que l'opposition politique non armée et les forces vives jouent un rôle de premier plan au sein des institutions, afin de garantir l'aboutissement heureux du processus de démocratisation.
5.LES BAKONGO QUI ONT LU NOTRE DERNIERE EDITION N’ONT PAS CACHE LEUR CRAINTE DE VOIR LA PROVINCE DU BAS CONGO MARGINALISEE. A QUOI DOIT-ON NOUS S’ATTENDRE EN CE QU’IL CONVIENT APPELER LE PARTAGE DU POUVOIR ?
DIOMI NDONGALA: La marginalisation des ressortissants du Bas Congo au sein du processus du Dialogue est la conséquence malheureuse de l’action conjuguée de plusieurs facteurs, dont certains devraient faire l’objet d’une auto-critique sincère des Ne-Kongo.
D’abord, ceux qui sont présents dans le processus du Dialogue nécessitent du soutien de leurs frères, surtout parce que la participation au Dialogue Inter congolais, dans les rangs de l’opposition politique a été le résultat et la reconnaissance d’un combat politique qu’ils ont mené contre les antivaleurs d’une nouvelle dictature porteuse des germes de la guerre et de la division.
Cela étant, il est important, pour les Bakongo, de mettre toutes leurs énergies à contribution pour que ceux qui ont lutté puissent couronner leur combat qui s’inscrit ouvertement dans notre vocation culturelle centrée sur la non violence et la paix.
Notre histoire de bâtisseur de l’indépendance du Congo doit nous rappeler notre devoir envers nous-même et l’histoire de notre pays.
Nous devons faire block contre toute tentative de marginalisation qui serait le fruit d’un manque de respect des équilibres geo-politiques qui sont expressément recommandés dans l’Accord de Pretoria.
Nous devons propulser une nouvelle génération politique préparée, dynamique, qui puisse dignement représenter notre province dans les institutions nationales.
Plutôt que nous tourner vers un passé caractérisé par un’ inefficace représentation des intérêts de la communauté des Ne-Kongo, nous devons nous engager pour permettre à la plus productive de province du Congo Démocratique, de jouer un rôle de premier plan qui sera incontestablement bénéfique à la nation congolaise tout entière, en tant que locomotive aussi « politique » et non seulement « économique » de la République Démocratique du Congo.
6.VOTRE MOT DE LA FIN :
DIOMI NDONGALA: Malgré les difficultés que nous allons rencontrer dans la phase d’application des principes souscrits à Pretoria, je suis optimiste sur la concrétisation de cet accord cadre concernant l'architecture institutionnelle de la transition pré-électorale et nous, à la Démocratie Chrétienne ainsi qu’au sein du regroupement politique FSD, nous estimons sincèrement qu'un jour nouveau s'est levé à notre horizon commun, un jour qui symbolise la renaissance de notre pays.
Nous, au FSD/DC, avons été au premier plan de la mobilisation à l'intérieur du Congo, pour l'avènement de la paix en RDC. Même à l'époque pendant laquelle le fait de prôner la recherche d'une solution concertée à la crise congolaise constituait un crime « d'atteinte à la sécurité de l’Etat », passible de la peine capitale devant la tristement célèbre Cour d'Ordre Militaire, nous avons, sur le terrain politique, mené notre combat pacifique pour sauvegarder les vrais intérêts de la nation congolaise.
Voilà pourquoi, nous estimons que le lancement d’un véritable processus de démocratisation, au Congo Démocratique, constitue, en quelque sorte, le couronnement de notre lutte, dont l’aboutissement totale se concrétisera dans la tenue des premières élections libres, transparentes et démocratiques en RDC.
Dans cette optique, nous continuerons à nous engager en première ligne, jusqu'au couronnement de l'objectif programmatique fondamental du FRONT POUR LA SURVIE DE LA DEMOCRATIE et de la DEMOCRATIE CHRETIENNE, qui consiste à contribuer à l'évolution du processus de démocratisation, afin que le Congo se transforme d'une "Démocratie Gouvernée " - celle de la période de la transition - en une réelle « Démocratie Gouvernante », celle issue des urnes.
Interview recueillis par Albert NTULA