Il n’y a aucune formule qui puisse être meilleure que l’autre, dans la crise actuelle, soutient M. Konde Vila-ki-Kanda, acteur politique, dans une interview à La Cité Africaine. Selon ce dernier, la formule 1+4 ou non, le tout dépend de la volonté et de la détermination des acteurs politiques congolais. Et si son groupement politique a opté pour cette formule, affirme Konde, c’était tout simplement par souci d’ouverture car « nous nous sommes dit qu’il vaut mieux pays pillé que terres perdues ».
La Cité Africaine (Citaf) : Que prévoit l’Accord Global et Inclusif à propos des différentes armées et des milices qui occupent le territoire national ?
Konde Vila-ki-Kanda : Le dialogue intercongolais qui s’est tenu dernièrement à Pretoria ( Afrique du Sud ) a longuement abordé la question des armées, des milices et la sécurité. Une commission ad hoc a été créée à cet effet. Elle a fonctionné sans désemparer et a déposé ses conclusions qui ont été adoptées après amendements.
Ainsi, un mécanisme sera mis sur pied pour la formation d’une armée nationale restructurée et intégrant les forces armées du gouvernement, du RCD – Goma, du MLC ainsi que celles du RCD–ML, du RCD–National et des Maï–Maï, suivant les modalités qui seront définies par les institutions politiques de la transition. De toute façon, il est prévu une réunion des Etats–Majors de toutes ces forces armées avant même la plénière du dialogue intercongolais en vue de procéder à l’élaboration du mécanisme militaire pour les autres Etats–Majors.
La Citaf : La formule d’un président et de 4 vice–présidents de sensibilités politiques différentes les unes des autres ne rend–elle pas la future cohabitation difficile et fragile ?
Konde : Dans la crise actuelle, il n’ y a aucune formule qui puisse être meilleure que l’autre.
Vous le savez, l’opinion congolaise avait rejeté la formule 1+4 mais, malheureusement ceux qui gèrent le dossier sur la crise congolaise l’ont purement et simplement imposée. Car, comme vous le savez certainement, aussi, ce dossier échappe entièrement aux Congolais qui se voient souvent imposés des solutions par l’extérieur.
Et si notre groupement politique a opté pour cette formule, c’était tout simplement par souci d’ouverture, car nous nous sommes dit qu’il vaut mieux pays pillés que terres perdues.
Qu’à cela ne tienne, la formule 1+4 ou non, le tout dépend de la volonté et de la détermination des acteurs politiques congolais. Ceux–ci devraient obligatoirement se surpasser pour mettre fin à l’imbroglio actuel.
Citaf : Tshisekedi a suscité un espoir comme Premier Ministre chez certains Congolais. Pensez–vous qu’un Tshisekedi, Vice–Président de la République Démocratique du Congo puisse se concrétiser ?
Konde : N’oubliez pas que la politique est une dynamique qui évolue rapidement avec le temps et les événements. Comme vous le voyez, de la Conférence nationale à nos jours, beaucoup d’eau a coulé. Pour revenir à votre question, je dois vous dire que je n’ai pas l’habitude de parler des individus, surtout en cette période où l’on enregistre plusieurs candidatures à ce poste de vice-président pour représenter la composante opposition politique non armée.
Je n’ai donc aucune appréciation à faire sur ce sujet étant donné que tout se fera par consensus, et, à défaut, par un vote qui pourrait concerner uniquement les 26 partis politiques au dialogue intercongolais.
Citaf : Pensez-vous que la paix dans la région des Grands Lacs passe obligatoirement par le processus d’intégration des Rwandais en République Démocratique du Congo ?
Konde : Je pense que vous voulez parler de la question de la nationalité qui a toujours été l’une des causes principales de la crise actuelle.
Les acteurs politiques ne doivent pas élider cette question. Au contraire, ils doivent en débattre pour parvenir un jour à une décision qui mettra tout le monde d’accord.
Compte tenu de son importance et de la passion que ce dossier suscite, le parlement de transition qui sera mis en place après le dialogue intercongolais devrait s’en saisir par priorité et devait avoir le courage de trancher définitivement de la question, afin de lever toutes les équivoques. C’est pourquoi, d’ailleurs, tous, nous sommes pour une conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, en vue de redéfinir nos rapports avec nos voisins, ceux-là même qui nous ont causé beaucoup de misères.
Et je suis sûr qu’une solution se dégagera, une fois cette conférence organisée.
Citaf : Est-ce que la démocratie axée essentiellement sur le suffrage universel et sur les affirmations des Droits et Libertés de l’Homme est la solution à la crise en République Démocratique du Congo ?
Konde : Plusieurs pays africains ont organisé des élections à tous les échelons, d’une manière libre et transparente, mais malheureusement certains d’entre eux sont tombés dans la violence, interrompant ainsi l’élan démocratique déjà imprimé.
Donc, à mon avis, le suffrage universel n’est pas une garantie absolue pour la démocratie dans nos Etats.
J’estime qu’ils nous faudra encore une période relativement longue, une période d’apprentissage et de turbulence avant que l’Afrique se stabilise. Pour cela, il faut beaucoup de patience à tous ceux qui voudraient que la démocratie s’applique comme cela se passe dans d’autres cieux. Mais n’oubliez pas que tous ces pays qui imposent la démocratie ont mis des siècles pour arriver là où ils en sont. Et puis, souvent cette démocratie n’est valable que lorsque ces pays dominateurs y trouvent leurs intérêts.
Mais commençons tout de même et petit à petit, nous allons nous améliorer. De toute façon, nous n’avons pas de choix étant entendu que la démocratie et le respect des droits de l’homme sont devenus des conditions incontournables pour naviguer aisément dans ce nouveau monde sans barrière et sans frontières.
Citaf : Quel est votre mot de la fin ?
Konde : Je voudrais revenir sur l’accord global et inclusif signé le 17 décembre 2002 à Pretoria (Afrique du Sud) et considéré comme étant l’acte de la dernière chance. Plus les acteurs politiques traînent le pas pour réunir la plénière du dialogue intercongolais afin de ratifier cet accord, plus celui-ci risque d’être secoué par des coups de gueule et des prises de positions souvent contradictoires et délétères. Notez qu’avant de réunir ce dialogue, les questions telles que le projet de la Constitution de la Transition, la sécurisation des animateurs des institutions de la Transition et la réunion des Etats-Majors de toutes les forces armées doivent être résolues. Ces résolutions feront partie des points qui seront ratifiés à la plénière du dialogue intercongolais, en plus de l’accord global et inclusif déjà approuvé.
Par conséquent, les acteurs politiques et de la Société civile doivent éviter des tergiversations afin que le dialogue se tienne le plus vite possible, l’installation du Comité du suivi et des institutions de la transition ne devant s’effectuer qu’à l’issue de ce même dialogue.
Citaf