REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

RASSEMBLEMENT CONGOLAIS POUR LA DEMOCRATIE

RCD/KISANGANI, QUARTIER GENERAL/ BUNIA

BUREAU DU PRESIDENT

Étoile à 5 branches: R.C.D.

 

 

 

 

 

 

 

LETTRE OUVERTE AUX PERES, MERES, FRERES, SŒURS, FILS ET FILLES DU KONGO CENTRAL.

 

 

Je vous salue avec amour, respect, humilité et gratitude. Sans vous et ce que vous représentez de plus intime, mon existence et les rêves de ma vie seraient impossibles. Je suis moi parce que vous êtes ce que vous êtes. C’est de vous que j’ai eu l’énergie qui ne cesse de me pousser à cheminer partout pour explorer le monde. Car, nsi kuayenda ko, zulu diabua.( là où vous n’êtes pas encore allé, le ciel parait tomber jusqu’à terre). Je me suis éloigné, longtemps, loin de là où gît mon nombril. Cela m’a permis de mieux découvrir plus profondément moi-même et toutes mes origines les plus lointaines possibles.

 

J’ai beaucoup cheminé: chez les Africains de tous les côtés du continent, chez les Européens de partout, chez les Américains de partout, surtout les descendants des nos ancêtres forcés d’aller là-bas en esclavage et dont j’ai pris en mariage une bien jolie femme, chez les Asiatiques de différents horizons et j’en passe. Dans notre propre pays, je suis allé partout, à l'Est comme au Nord et au Sud. J’ai appris à considérer que partout au Congo je suis chez-moi. Les différences culturelles, sociales et politiques que j’ai vécues m’ont permis de mieux comprendre notre culture Kongo et d’élargir mon horizon et mon sens d’humilité et mieux mesurer la profondeur de nos problèmes mais surtout les richesses culturelles immenses sur lesquelles nous pourrons construire une grande société fédérale de grande diversité positive. J’ai pu savoir ce que sont les grandes valeurs d’unification de toutes ces différences dans leur complémentarité. C’est cela qui a toujours fait mon optimisme et mon grand espoir de la réussite de la grande vision d’un Congo fédéralement uni, auto-déterminé à tous les niveaux, stable politiquement, prospère et démocratique.

 

Je vous écris maintenant parce que mbemba ka diengila ka diengila, kundu kiandi M’fuma. Vous êtes ce M’fuma où il faut que je jette l’ancre. Non seulement le testament du grand roi Vita Nkanga m’a toujours rappelé mon devoir en tant que je suis mfumu Mazinga, et mon nom originel, Bazunini, m’a toujours montré l’aspiration profonde du clan comme de mon peuple qu’on m’a confiée de porter comme un drapeau : réaliser la paix, je suis appelé, dès la naissance, d’être un missionnaire de la paix. Il faut donc continuer le combat pour la réalisation de la grande vision pour et dans la paix durable. Les enseignements de Simon Kimbangu m’ont aidé à suivre ses traces jusqu’à dernièrement à Nkamba où j’ai touché son cercueil. C’est une grande partie du M’fuma, comme vous le savez. Il est vrai qu’il faut d’abord nettoyer sa maison avant de visiter le voisin; il est aussi vrai qu’en visitant d’abord le voisin, on peut savoir ce qu’il faut corriger dans la manière de nettoyer sa maison.

 

Je vous écris pour vous dire aussi que je porte toujours ce drapeau partout où je suis allé. Vous savez que la culture de SANA ( salasana, tungasana, natasana, zolasana, kebasana, tualasana,etc) et celle de la solidarité Kintwadi et toute la conception de vivre et faire vivre Dingo-dingo dia kalunga, peut-être propre à notre culture et histoire, n’est pas très répandue. Même l’exigence d’éthique comme fondement de Kimayala n’est pas visible ailleurs. Est-ce à cause de Kimongi politique qui nous accable partout dans le pays?  Je ne sais pas. Fidèle aux enseignements des ancêtres, j’ai failli mourir à Goma, à Kisangani comme à Bunia. J’y ai toujours affirmé la nécessité de se prendre en charge, de pratiquer la culture et la politique de SANA, de s’autodéterminer, de se réconcilier et de chercher ensemble la paix durable.

 

J’étais bien attristé de savoir que certains d’entre vous, pris de sorcellerie, avaient voulu servir les sorciers des autres jusqu’à vous amener à nous enterrer symboliquement dans un cercueil vide. Enterrer celui qui, fidèle au message des grands rois, des grands Ngunza, des masses populaires de partout désireuses de la paix, des militants de la politique émancipative, lui-même surnommé par les sages, Bazunini; celui qui a pris son courage de contredire les Rwandais devenant envahisseurs encombrants, de dire non aux Ougandais utilisant les faiblesses congolaises pour piller nos ressources! On doit se demander ce que les ancêtres avaient pensé de cela. Mais, je n’en veux pas à ces frères et sœurs qui ne savaient pas tout à fait ce qu’ils faisaient; ils étaient dictés par l’impératif de la survie. Les porteurs des mallettes des détenteurs du pouvoir ont toujours voulu que tout notre peuple considère qu’être dirigeant pour nous ne doit signifier que cela : chercher un mundele-ndombe pour lequel porter la mallette! Ceci remonte peut-être depuis la traite négrière. Toutes les initiations des grandes écoles de Kinkimba, de Kimpasi, de Lemba, etc. ne devant pas laisser de traces! Un idéologue du 17 Mai a dit récemment que les ne-Kongo doivent se réjouir du fait que 90% des domestiques à Kinshasa soient des Bakongo! J’ai toujours trouvé insupportable la docilité de certains des nôtres qui permettent ces genres de propos.

 

 Vous savez certainement que j’avais systématiquement parcouru le profond travail de refondation culturelle de Ne Makandala, Ne Muanda Nsemi du Bundu dia Kongo. J’en ai fait un résumé, par un chapitre d’un livre sur les religions africaines, porté à l’attention des scientifiques anglo-saxons. Il faut bien louer et prendre connaissance de cet effort pour sortir de la docilité.

 

La chanson est connue: le vrai Mukongo doit être un docile, parce qu’il doit être pacifique et permettre aux autres de diriger, de jouir , de lui confier la mallette à porter et d’être un bon domestique. Un journaliste Kongo m’a demandé comment je pouvais être un Mukongo et rebelle à la fois? On peut s’asseoir sur ta tête ou te faire entrer la tête sous le jupon, tu dois chanter les chansons de la paix. Nous avons dit que nous pouvons diriger ce pays et le faire avec qualité. Personne ne va nous intimider.  Non, je n’ai pas amené la guerre chez nous, comme nos sorciers internes, veulent vous faire comprendre. Nous avons partout cherché à provoquer les négociations directes avec le régime opposé à la démocratie et l’obliger de la pratiquer, résoudre politiquement la crise et en finir une fois pour toutes de la guerre d’indépendance, qui était en sa 11ème phase.

Ce que j’entends qui se passe chez-nous là-bas est tout simplement dégoûtant : les bisi-nsi sont systématiquement écartés de la gestion juste et transparente de notre  n’lambu et son mukulu. Même notre langue est évincée des places de pouvoir chez nous. On a traité de chiens ceux qui ont dit Non. Et nos sorciers internes se seraient surpassés pour soutenir l’action répressive des sorciers de l’extérieur. On veut que tout le monde se mette sur genoux pour applaudir la médiocrité. Hommage à tous ceux, de Luozi à Boma, qui ont perdu leur vie pour avoir voulu  réaffirmer notre détermination de faire mieux vivre les gens. Nos condoléances à toutes les familles éprouvées. Doit-on mourir parce qu’on a dit que nous devons nous prendre en charge, que nous devons nous autodéterminer comme partout ailleurs où il y a la liberté, l’indépendance, la justice et la démocratie? Devant le tribunal de quel pouvoir on juge et condamne le désir de liberté? Pouvoir colonial!

 

Nous savons qu’aucune sorcellerie ne peut contenir la sorcellerie destructrice au service de celle du dehors. Il faut une vraie palabre, une vraie ntungasani. Lorsque le Mfumu dikanda (chef communautaire) lui-même déconne, la rébellion interne provoque la palabre. La grande vision d’un Congo digne, qui a pris l’envol avec Simon Kimbangu, a été frustrée par les philosophes-porteurs des mallettes. Les gens du kipoyi ne partent pas de vertus, c’est une corruption. On doit l’extirper par une palabre de grande clameur! Les Nzonzi sont-ils devenus tous Nzonzi za luvunu?

 

Le mal qui semble hanter notre people c’est la peur d’être soi-même et de se prendre en charge. La dynamique culturelle pour être libératrice doit contenir l’infrastructure mentale, à savoir : permettre la sincérité dans  son objectif de la vie, la sincérité dans sa vision et la sincérité dans la pureté de son cœur, et de son esprit. C’est cela qui nous permet de respecter les 10 principes suivants : dire la vérité, confronter la vie ouvertement, dire ce que tu veux réellement dire, ce que tu sens et ce que tu crois, accepter soi-même tel qu’on est, accepter les autres comme ils sont, connaître et accepter ses propres faiblesses, arrêter de vouloir se prouver à soi-même, relativiser l’histoire (être ouvert à l’avenir), abandonner les fausses aspirations, prendre en charge sa vie à partir de ce qu’elle est et donc sa transformation, son amélioration ou sa continuité.

 

Nous devons remercier tous ceux d’entre vous qui nous êtes restés attachés. Vous qui avez beaucoup prié pour nous quand nous avons critiqué le Mobutisme et nous nous étions retrouvés  à la prison souterraine de l’OUA II; vous qui avez versé vos larmes quand nous étions presque tués, à l’hôtel Wagenia, à Kisangani, lorsque nous avons dit Non aux Rwandais et leurs inconditionnels congolais et nous exigions les négociations directes avec Kinshasa, la fin de la guerre, la réconciliation nationale; vous qui avez beaucoup prié pour nous quand nous étions en résidence assiégée par deux ou plus de bataillons, pendant 2 semaines, à Bunia, puisque nous avons réaffirmé notre droit à l’autodétermination contre les Ougandais et leurs laquais congolais. Nous vous remercions. Nous avons survécu parce que la population de partout était avec nous et bien sûr Dieu était avec nous ainsi que nos ancêtres. Lorsqu’on a survécu ces grands dangers en cherchant à réaliser la grande vision congolaise, doit-on reculer? Nous sommes décidés d’aller de l’avant. Nous comptons sur vous tous qui restez vous-mêmes et déterminés de bien travailler pour le dur labeur d’être libre. A voir le génocide silencieux qui se passe à l’autre côté du fleuve, nous n’avons pas d’autres choix que de continuer avec courage jusqu’à la victoire.

 

 C’est par l’amour et l’engagement de vous servir ouvertement tout en servant tout le pays, à partir de mon enracinement en vous et tous nos ancêtres, que je vous ai écrit bien sincèrement.

 

A vous donc nos amours, nos amitiés et  notre service patriotique.

Au grand plaisir de vous revoir chez vous prochainement!

 

 

Prof Ernest Wamba dia Wamba

Mfumu Mazinga mwana  Mukala Nsaku

Mfumu na mfumu? Nganga na nganga!

Nganga na nganga? Mfumu na mfumu!

               

14 janvier 2003.