En date du 9 septembre 2002, les Professeurs Kongo des Universités et des Instituts Supérieurs ont adressé un mémorandum ouvert à Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo.
Sur invitation du Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en matière de sécurité, une rencontre s’est tenue en date du 8 octobre 2002, entre lui d’une part, et de l’autre un groupe de six professeurs (représentant les professeurs Kongo des Universités et des Instituts Supérieurs) et de quatre opérateurs politiques ou économiques Kongo.
Dans le cadre du suivi de cette rencontre, un compte rendu dont copie en annexe a été rédigé et rendu public à l’intention du groupe des Professeurs Kongo. Aussi, dans ce même cadre du leadership auquel le Conseiller Spécial nous avait conviés, le groupe a rencontré sa base ainsi que des délégués de Bundu dia Kongo. Avec eux, il a analysé en profondeur la situation politique actuelle. Au vu de la réalité sur le terrain, il a émis les observations suivantes :
1. A
propos du mémorandum adressé au Chef de l’Etat en date du 9 septembre
2002
Le groupe des Professeurs Kongo avait analysé objectivement les problèmes du Bas-Congo et proposé des solutions susceptibles de décrisper la situation de tension qui prévaut dans cette province.
Cette analyse et les solutions proposées avaient été jugées pertinentes par le peuple Kongo, la classe politique congolaise et par le Conseiller Spécial. Mais nous constatons que jusqu’à présent, le pouvoir garde le silence sur certains points cruciaux. Certes, il y a eu la nomination de quelques Bakongo à des postes de responsabilité nationale mais plusieurs autres problèmes soulevés demeurent sans suite, notamment le maintien en prison des personnes incarcérées pour des opinions ou des marches pacifiques. C’est le cas, entre autres, du roi Mizele, de certains membres de l’ABAKO et de Bundu dia Kongo. Cette attitude du pouvoir est interprétée par les Bakongo comme la continuation de l’ostracisme que le régime de Mobutu avait appliqué à leur égard. En effet, durant ce régime, les Bakongo ont fait l’objet de suspicion, discrimination et hostilité injustifiées. Et pourtant, depuis l’indépendance de la République Démocratique du Congo, le peuple Kongo est demeuré loyaliste malgré toutes les injustices qu’il a subies de la part du pouvoir.
La perpétuation de cette situation handicape fortement les efforts que nous déployons (dans le cadre du leadership) auprès de la population Kongo pour la convaincre de soutenir les efforts en cours de pacification et d’unification de ce pays.
Nous sommes convaincus que la fin des tracasseries et la libération des prisonniers ci-haut évoqués contribueront largement à l’instauration d’un climat de détente et de confiance favorable à la paix nationale et à une perception positive du Pouvoir par le peuple Kongo.
En effet, d’après les investigations menées et les contacts pris par nous auprès du peuple Kongo, celui-ci pense que dans l’ensemble le Pouvoir actuel ne lui est pas favorable. Ce peuple continue à se sentir victime de harcèlement et d’exclusion à cause de son attachement au fédéralisme qui est l’unité dans la diversité, option pourtant défendue par la majorité des Congolais (Loi fondamentale de 1960, Constitution de Luluabourg de 1964 et la Conférence Nationale Souveraine de 1992). Le peuple Kongo pense en plus que le Pouvoir actuel fait tout pour jeter dans les oubliettes de l’histoire sa contribution positive et héroïque durant la lutte pour l’indépendance de ce pays : l’ABAKO est présentée comme un mouvement séparatiste ; il en est de même du Président KASA-VUBU à qui on a collé la même étiquette alors qu’il avait tout simplement défendu le fédéralisme, une des formes de gestion efficace d’un territoire aussi vaste que le nôtre. Il est regrettable que la valeur morale et spirituelle que constituait le Président KASA-VUBU, et même son orthodoxie dans la gestion des affaires publiques depuis les années où il fut Bourgmestre de la Commune de DENDALE (actuellement Commune de KASA-VUBU), et pendant les cinq années où il est resté au pouvoir suprême de la République, ne suffisent pas pour l’élever au rang des héros de ce pays et, de ce fait, mériter un monument dans la ville de Kinshasa. De plus, le Prophète Simon KIMBANGU qui a subi des humiliations, des tortures et un très long emprisonnement de trente ans pour la défense des droits et de la dignité des Noirs (y compris les Congolais), n’a pas encore été élevé au rang de héros de ce pays. Le peuple Kongo se demande pourquoi le Pouvoir actuel non seulement veut à tout prix l’effacer de l’histoire nationale mais aussi continue à emprisonner ses fils et ses filles.
Il serait dommage que, par manque de vision politique et de stratégie de ralliement des sympathies de diverses ethnies et provinces, le Pouvoir perde tout crédit auprès du peuple Kongo dont il ne faudrait pas sous-estimer l’importance sur l’échiquier politique congolais étant donné sa situation géographique, son histoire, son poids économique et démographique et surtout son nationalisme.
2.
Propositions
Dans le cadre de la répartition en cours des postes pour la gestion de la transition et pour éviter d’être de nouveau marginalisé, le groupe des Professeurs Kongo réclame pour le peuple Kongo ce qui suit :
a) Concernant la composante gouvernementale, le groupe réclame avec force que le poste de
Vice-Président soit attribué à une fille ou un fils Ne-Kongo.
b) Concernant toutes les institutions de la Transition (sénat, parlement, gouvernement, armée, territoriale, magistrature, institutions citoyennes, etc.) nous réclamons une répartition équitable et équilibrée des postes à tous les niveaux, dans toutes les composantes, et pour toutes les provinces.
Le groupe des Professeurs Kongo souhaite que le gouvernement national représentant
tout le peuple congolais pèse de tout son poids pour que la répartition des postes par
provinces se fasse équitablement.
c) Le groupe exige la libération, avant la mise en place de toutes les institutions de la Transition, de tous les Bakongo injustement arrêtés et qui n’ont tué personne. Il s’agit des adeptes de Bundu dia Kongo, des membres de l’ABAKO, du roi MIZELE et ses partisans, etc.
d) Le groupe réclame la cessation immédiate des tracasseries, des rançonnements, des arrestations arbitraires au Bas-Congo.
e) Le groupe exige avec force que le Bas-Congo recouvre son nom de Kongo Central comme ce fut le cas des autres provinces de la République, la Province Orientale et le Katanga, qui ont recouvré leurs anciennes appellations.
Fait à Kinshasa, le 23 février 2003.
Pour les Professeurs Kongo,
Le coordonnateur :
Professeur Ordinaire à l’Université de Kinshasa
Les porte-parole :
Professeur Ordinaire à Professeur Associé à
l’Université de Kinshasa l’Université de Kinshasa
ANNEXES :
1) Compte Rendu de la rencontre avec Monsieur le Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en
matière de sécurité ;
2) Mémorandum des Professeurs Kongo à Bundu dia Kongo ;
3) Réflexion et Proposition des Professeurs Kongo des Universités et Instituts Supérieurs sur
l ’ordre politique en RDC à l’attention des parties prenantes aux négociations inter-
congolaises.