SOMMES NOUS SERVIS AU NEPAD ?

Réflexion de André Wamba, Boston, USA.

 

André Wamba

 
Je suppose que beaucoup d'entre nous sur ce forum avons eu d'une façon ou d'une autre connaissance du livre de Mr. Adam Hochschild intitulé "King Leopold II's Ghost (Les fantômes du roi Léopold II )".  C'est un ouvrage, à mon avis, que les Congolais devront dans la mesure du possible exploiter à fond dans la formulation des stratégies de développement pour leur pays. C'est un ouvrage qui peut servir d'un diagnostic.

 

Au fait depuis la création de l'espace Congo en 1885 jusqu'à récemment le Congo a toujours été vu en terme d’un emplacement des ressources/matières premières    le facteur humain est absolument négligeable.  Cette façon de voir le Congo a beaucoup contribué au fait que la modernisation du Congo soit toujours faite sous un système de désorganisation et de réorganisation culturelle, sociale, politique, économique et psychologique désastreuse qui tout le long n’a favorisé les intérêts autres que ceux du peuple Congolais. Cette histoire de destruction, restructuration et de pourrissement a profondément et négativement affecté l'état du pays et celui du peuple congolais.

 

L’économie congolaise, dans les mains d'une minorité et principalement au service des intérêts étrangers depuis le début des années 1960, a continué à être organisée  sous la dynamique de pillage des ressources nationales. 

 

Ainsi sous le régime de Mobutu, l'Etat était devenu l'instrument au service de la minorité au pouvoir pour réprimer les masses, de même que l'opposition interne, par sa règle d'action de pillage. Les entreprises d’Etat (y compris l'Etat lui-même) ont été reléguées à la nature sans administration et l'entretien propre. Par conséquent, la République Démocratique du Congo, malgré ses immenses ressources, est devenue caractéristique d'un état sinistre à travers son histoire, les fantômes du roi Léopold II.

 

En se basant sur cette triste passé historique, je ne cesse de me demander comment briser ce cercle vicieux qui risque de hanter le Congo même dans la phase de son intégration dans la mondialisation/globalisation? En d'autres termes, je me demande quel sera le rôle du Congo dans le village global africain et dans l'économie globale sous-régionale,  régionale, continentale et mondiale?

 

Le Congo est signataire de l'acte constitutif de l'Union Africaine, il est aussi membre des différentes organisations et structures  économiques au niveau sou-régional, régional, continental et mondial. Ici Je ne citerai que quelques-unes qui ont attiré ma curiosité. Il s'agit de la  SADC, CEPGL, NEPAD/NOPADA, UA, et l'AGOA. Je me suis toujours demandé quel profit(s'il en existe) que le Congo tire d'être membre de telle ou telle autre  organisation?

 

Dernièrement, j'ai lu dans le média un article sur l'analyse que le Think-Tank économique Namibien a faite sur le bien fondé de l’adhésion de la Namibie dans le programme de NEPAD/NOPADA. L'analyse était tellement intéressante que je me suis intéressé à savoir ce que le Congo pensait  sur sa participation au programme NEPAD/NOPADA.

 

Des contacts pris avec le gouvernement j'apprendrai qu'il n'existait pas une structure d'études stratégiques ou d'évaluation de projets/programmes tels que la SADC, NEPAD/NOPADA, AGOA, etc. Et on me dira que des telles analyses se faisaient au ministère de Finance mais que pour ce cas précis il n’existait pas une telle analyse.  Les Américains disent : "what you get is what you negociated and not what you deserve" (c'est qu'on obtient n'est pas ce qu'on mérite mais plutôt ce qu'on a négocié - littéralement).  Alors si le Congo ne dispose pas (à croire ces membres du gouvernement)  des structures lui permettant de conduire une négociation équilibrée et équitable (win-win situation) comment va-t-il briser le cercle vicieux de la dynamique de pillage des ressources congolais au profit de l'étranger? Les fantômes du roi Léopold II, même au temps moderne, ne cessent de hanter le Congo sur tout le plan.

 

Dans le cadre de l'intégration économique et socio-politique sous-régionale, régionale et continentale comment faire de sorte que le Congo ne devienne pas une continuité de son  histoire triste? Comment faire de sorte que le Congo ne devienne pas à la fois une source des richesses/dumping market (comme un opérateur économique Zimbabwéen disait : in congo everything goes, there is market for everything) et une source des matières premières pour la NEPAD, SADC, CEPGL etc. ? C’est -à-dire fonctionner comme une logistique pour la région ? Depuis quelques jours déjà le gouvernement congolais et zimbabwéen sont en négociations intenses pour renforcer et matérialiser les accords commerciaux entre les deux nations.  Je me demande comment ces accords cadrent avec les intérêts supérieurs du peuple congolais et les statuts de la SADC ?  Comment faire de sorte que l'expansion de la capacité de production du barrage d'Inga profite d'abord au congolais puis à la région? Ici je dois mentionner que le plan d'actions de 30 ans de la SNEL ne couvre même pas le territoire rural congolais mais cependant tous les pays de la région sont presque couverts dans ce plan.

 

Du point de vue de la libre circulation des personnes et de leurs biens, une chose est certaine,  le Congo est sorti perdant de toutes les organisations régionales auxquelles il est membre. Mon expérience est qu'à chaque fois que je me trouvais dans un aéroport d'un pays membre de la SADC, CEPGL, EAEC, COMESA, etc. j'étais toujours le dernier à quitter l'aéroport. Mon passeport congolais était toujours à l'origine de mon malheur. Une fois d'ailleurs la Zambie m'a exigé d'attendre 30 jours pour mon visa alors que j'étais déjà en route pour Lusaka. A Luanda, j'ai failli passer la nuit à l'aéroport tout simplement parce que j'avais un passeport congolais. En Afrique du Sud, on en parle même pas. Il faut beaucoup de gymnastique pour simplement obtenir un visa de transit. Clairement, le Congolais ne bénéficie pas les avantages que les autres membres de la SADC, CEPGL, COMESA, EAEC et autres bénéficient  en matière de libre circulation des citoyens.  Un Sud Africain a le privilège d'arriver jusqu'au port d'entré comme l'aéroport de Ndjili et demander un visa d'entré. Chose qu'un congolais ne peut pas faire à Johannesburg, à Maputo, Gaborone, Harare, etc.

 

Ainsi, il y a une nécessité d’organiser l'intégration sous-régionale et régionale du Congo en se basant sur la priorité à satisfaire les besoins fondamentaux du peuple congolais. Ceci peut seulement être accompli à travers un soutien de structures d'études stratégiques pouvant déterminer et  articuler les intérêts  Congolais vis - à - vis des intérêts  sous-régionaux, régionaux et  ceux de la communauté internationale.

 

Au Congo les Républiques se sont  succédées et d’ailleurs continuent à se succéder mais les fantômes du roi Léopold II  sont restés paradoxalement un héritage  inaliénable au congolais. C’est compliqué !

 

Quel sera le future du Bas Congo dans la SADC ? Et son rôle dans le NEPAD ?

 

André M.  Wamba

Boston/Mass