Nous vivons nombreux dans un village appelé Kongo dia Ntotila.
Suis-je à la hauteur d’être appelé (e) un Ne-kongo ?
Par André Wamba, Nekongo.net

Muana’a n’kongo wa luengila mu bingana ye mu binsamuna

Ceci est l’histoire de ”ON” avec toi et moi,

c-à-d nous

 

Muana’a n’kongo wa luengila mu bingana ye mu binsamuna

Nombreux ont été ou sont parmi ceux que <<ON>> vient chercher.
Certains sont complice avec <<ON>>,
D’autres laissent <<ON>> agir, parfois par insouciance et passivité.

D’autres laissent <<ON>> agir, souvent par ignorance et apathie.


Mais valons bien être de Kongo Dia Ntotela
Kuna Kongo Dia Ntotila, kiaku kiaku!

Mais quelle est ou quelle a été mon attitude de toujours ?

Un jour on est venu chercher Nlongi Simoni Kimbangu, je me suis dit ce vieux la, moi connais pas.

Un autre jour on est venu chercher Tata Simoni Mpadi, je me suis dit oh la la même ce vieux là muzaba yandi ve.

On est revenu chercher Mbuta Philipo Mbumba, je leur ai dit : je n'aimais pas ce vieux de Tembo (révolution), je suis un Mundele-ndombe (Evolué).

Le jour après on est venu chercher mon voisin pour le reléguer kuna ntandu (Haut Congo), je regardais mon pauvre voisin et je me suis dit : je ne suis pas membre de Kintwadi, d'ailleurs ce voisin faisait trop de bruit contre batata ba mpembe.

Puis un jour, la nouvelle de la mort de Nlongi Kimbangu est venue, je me suis dit: il a servi son temps d'ailleurs il n'était pas un vrai chrétien comme moi.

Une semaine après on est venu chercher Mbuta NKasa, Kanza et Mbuta Masiala, je me suis dit: aah c'est entre eux les politiciens, je ne suis pas politicien.

On est revenu nuitamment chercher Mbuta Bikebi. Je me suis regardé au miroir et je me suis dit : Je ne suis pas communiste. Ce vieux communiste a péché contre l’ O.N.U. et les Fwalama. Ca, c’est très grave pour lui!

Un jour après on est revenu chercher Buta Mizele Muanda, je me suis dit: ye mpe alekisi, d'ailleurs il n'est ni mon roi.

Une semaine après, dans la nuit, on vint brutalement chercher les dirigeants de l'ABAKO. Je me suis dit ba vieux oyo pe, ils doivent respecter le pouvoir établi. ABAKO me kufwaka ntama. Qu'on les mette en prison, moi je suis nationaliste patriote. ABAKO? munu ve! Je suis tribalement aveugle!

Puis, on vint nuitamment tirer sur les membres-fideles  de Bundu dia Kongo qui célébraient leur Dieu. J'ai regardé à travers ma fenêtre et je me suis dit : ces fondamentalistes font la honte de notre Congo en guerre. Ils doivent récolter ce qu'ils ont semé. Moi, je suis nationaliste patriote s'il vous plait!

Deux jours après on est venu chercher les membres de Bundu dia Kongo. Une moitié du village est partie avec eux. Moi, devant ma fenêtre je me suis dit : ces inciviques doivent apprendre leur leçon du nationalisme. Eux aussi, ils exagèrent. J'ai d'ailleurs pointé du doigt mon autre voisin qui a voulu se sauver. Une balle a fini par le maîtriser. Je me suis senti un héros national.

Ils sont revenus chercher notre mfumu Mbongi. Je l'ai regardé par mon oeil gauche et je me suis dit: nous allons élire un autre qui pourra être national et parler la langue nationale. J'ai même informé aux intéressés qu'il avait l'odeur rwandais.

Une semaine après on est venu brûler et profaner les écoles et églises de Bundu dia Kongo. J'observais à travers ma fenêtre et je me suis dit: mes enfants ne sont pas concernés, ils vont a l'école de notre paroisse et notre église, Dieu merci, qui ne prêchent que l'histoire des étrangers.

On est venu un jour nous demander de déclencher la chasse aux tsé-tsé pour sauver notre village de la maladie du sommeil. J'ai fait semblant d'ecouter puis je me suis dit: Tiens, j'ai mes deux musikatela venus de l'Europe ; pourquoi dois-je me déranger pour ces vieux du coin qui ne font que dormir toute la journée? Ils n'ont qu’à se débrouiller. Article 15. Moi je suis en bonne santé.

On est revenu cette fois-ci prendre Inga, je me suis dit: peu importe, d'ailleurs je n'ai pas de l’électricité chez moi. Ma lampe colleman venu de l'Europe fera la chose.

On est venu introniser un Duki du village. Je me suis dit: c'est pas mal! Nous n'avons plus besoin de Mfumu Mbongi. D'ailleurs, il était un traître. Il a donne l'eau et le manioc a un rwandais.

Puis un dimanche, le jour de la messe. Je me suis rendu à la messe où je n'ai plus reconnu personne. Tous étaient étrangers. Et pour la toute première fois, la messe était conduite en langue étrangère dite nationale. J'étais le seul dans mon village à ne pas comprendre cette langue. En route pour chez moi, tout le village me semblait étranger. Kongo dia Ntotila a subi une transformation. Il devient National et intègre. Tous les anciens occupants sont tous partis sauf moi le nationaliste patriote.

Deux jours après, le nouveau Duki convoque une réunion communautaire. J'y assiste mais constate que la réunion est conduite dans une langue étrangère et je suis le seul à ne pas comprendre ce qui se disait. Je pose la question en kikongo, un silence profond se fait remarquer car personne ne m'a compris. Je suis resté national mais Kongo dia Ntotila l'est devenu plus.

Et puis un vendredi matin, on vint chercher les Bakongo. Je me suis dit : je suis un kinois nationaliste et je n'ai jamais été tribaliste. Mes parents étaient bakongo mais ils ne sont plus la. Ils sont repartis sans rien trouver un mukongo.

Mais on est revenu dans la nuit me chercher. Je me suis dit: TIENS! Inki Mambu Yayi Huh?? Je me suis mis à crier. J'ai beau crie "munu mfwidi eh, munu mfwide eh, lunsadisa eh !" Personne n'est venue au secours car personne ne pouvait comprendre ce que je disais. Pourtant le Duki du village à travers sa fenêtre observait la scène. Je suis parti avec eux quand notre Duki va chuchoter: « N'kongo, il faut azwa mayele! »

Kiaku kiaku...

Andre Wamba,
Mai 2003

Muana’a n’kongo wa luengila mu bingana ye mu binsamuna