Mon Cher Augustin-Romain,

Je te remercie pour ton intervention car elle me donne ainsi l'opportunité de mieux exprimer ma pensée.

Je suis d'accord avec toi en ce que nous devons nous encourager les uns les autres à parler et à écrire notre langue maternelle, notamment tel que tu le fais en ce moment, en introduisant la notion de "traduction libre". C'est en effet l'unique manière d'éviter la disparition tôt ou tard de notre langue.

Je voudrais cependant préciser que ma préoccupation ne se situe pas dans ce registre-là lorsque je m'adresse à notre frère Kavandako. Dès lors, si quelqu'un s'est senti offusqué dans mes propos, qu'il veuille bien trouver ici l'expression de mon profond regret.

Le frère Kavandako est entrain de réaliser un travail important de transcription en phonétique de la langue kikongo, nous a-t-on appris. Je m'en réjouis donc et encourage l'intéressé dans ses efforts de recherche.

Ce qui me sépare de mon frère est le risque, à la longue, de voir d'autres personnes imiter cette mé- thode dans leurs correspondances courantes et surtout d'iintroduire une confusion au niveau de ceux qui voudraient apprendre notre langue, embarrassés de ne savoir la forme à adopter en telle ou telle autre circonstance.

A mon humble avis, le travail de Alphonse conviendra plutôt dans la préparation des manuels sur l'apprentissage de la langue kikongo ou dans l'élaboration du vocabulaire par exemple "kikongo - fran- çais", "kikongo - anglais", "kikongo - allemand", "kikongo - chinois" (pourquoi pas ?), et tutti quanti.

C'est pourquoi je pense que dans l'état actuel des choses où beaucoup ont tendance à mépriser notre si belle langue et beaucoup d'autres l'apprennent mais ne la maîtrisent pas encore, il est important de bien faire la distinction entre l'écriture courante et la transcription en phonétique.

Dans tous les cas, étant donné que c'est de façon conventionnelle que leurs auteurs sont parvenus à mettre sur pied la méthode que nous utilisons en ce moment pour écrire notre langue, de même, avant la mise en application des conclusions de la thèse du frère Kavandako, il va falloir un large consensus des personnes habilitées dans cette matière. Nous éviterons ainsi, pour la sauvegarde de la lngue, le désordre de voir un jour écrire, p.ex.,"mfoumou", "mfomo" et que sais-je encore, pour "mfumu".

Salutations fraternelles.

J.J. Zodulua