LE VILLAGE DE NGOMA TSETSE, LE PAROISSE SAINT MICHEL ET Mgr. Auguste Roch Nkounkou (De 1909 à 1982).

 

Par Arsène Francoeur Nganga, mfumu Kuimba, ntekolo Kingoma

 

Le 3 juillet 1982 disparaissait la plus grande figure de l’histoire de la chrétienté du Congo-Brazzaville, et en lui l’une des premières d’ afrique. Mgr Auguste Roch Nkounkou était né en 1909 dans une très ancienne famille Ne-Kongo de la région du Pool. Dans le lignage, il est issu de la famille du notable, seigneur et chef coutumier de la région connu au nom de Ta Mbanza, aussi appelé MI-MBANZA[1], décédé les années 1906 – 1910 à Kimpila

Mgr. Nkounkou a été le premier prêtre noir du clergé catholique au diocèse de Brazzaville. A son actif, il fut le fondateur et premier curé de la paroisse Saint Michel de Ngoma Tsé-tsé, le sanctuaire régional de l’Archange Michael pour toute l’Afrique"

 

Monseigneur Auguste Roch Nkounkou passa son enfance  et grandit dans  la zone de Mpangala. Pendant son jeune age il fut remarqué par son intelligence à tel point qu’un officier militaire français au nom de Guerdon se proposa de l’envoyer en formation militaire à Saint Louis du Sénégal. Sa famille, en la personne de sa grande sœur au nom de Mama Ntinou, s’ y opposa ; ce qui lui permit de poursuivre ses études.

 

Il a fréquenté le séminaire de Kisantu au Congo-Belge où il eut pour camarade de promotion Mgr. Barthélemy Boganda, le premier président de la république centrafricaine. En mai 1938, à son retour du Gabon où il séjourna pendant sa formation ecclésiastique, il fut ordonné prêtre en compagnie de l’abbé Eugène Nkakou, avec qui ils seront ainsi les premiers prêtres noirs du clergé catholique de Brazzaville. Leur ordination fut administrée par Mgr. Paul Biechy assisté de Mgr. Werpins évêque du diocèse de Kisantu. Son service sacerdotal commença à Kibouende. Ensuite, il fut envoyé à Ngoma Tsé-tsé.

 

Ngoma Tsetse, le village du chef de terre Ta Ngoma Tsé-tsé est situé au bord de la rivière Djoué. Ce village est reconnu pour avoir été un haut lieu d’exorcisme contre les forces du mal (sic). L’histoire apprend que les premiers missionnaires dont les noms reconnus sont les pères Allaire, Jean Jean et Morvan ont été en action sur cette contrée pour implanter le catholicisme, mais ceux-ci rencontra une hostilité à la pénétration européenne.

 

Ngoma Tsetse, c’était le fief du Matsouanisme, doctrine religieuse dû à André Matsoua. A l’époque, le Matsouanisme et ses fidèles furent hostiles à la pénétration européenne et surtout à l’implantation d’une mission catholique dans leur zone d influence. Il est de mémoire dans la région de Ngoma Tsé-tsé que le chef matsouaniste de l’époque se nommait Ta Moubalaka, ce qui signifierait "LE GRAND MUR" contre la pénétration des blancs. Ta Moubalaka s’habillait en soutane et se promenait avec un bâton qu’il appelait "mouti wa nkuyu".

Il est évident que ses relations avec Mgr. Nkounkou ne pouvaient qu’être tendues.

 

En dépit de ces hostilités, Mgr. Auguste Roch Nkounkou qui y arriva réussit à construire dans la région une nouvelle mission et la baptisa Saint Michel, le vainqueur des esprits rebelles, faisant allusion à l’opposition rencontrée à la présence européenne.

 

La mission catholique Saint Michel de Ngoma Tsé-tsé est l’œuvre du dynamisme et du labeur de Mgr. Nkounkou qui supervisa tous les travaux de sa construction, de l’entretien et de la maintenance dont elle a bénéficiés depuis tout le temps. Ta Nkounkou y vivra pendant 34 ans jusqu’à sa mort le 3 juillet 1982.

 

Le rôle providentiel d’ Auguste Roch Nkounkou à l’égard de sa famille et aussi de l’église du Congo fut évoqué

lors de ses funérailles à la cathédrale Sacre Chœur de Brazzaville par feu  MGR Barthélemy Batantou et aussi bien par feu Ta Biawa, doyen de la famille kingoma, qui prit la parole  pour le mot de circonstance au nom de la famille.

 

En effet, la contrée se souviendra de son ministère au cours duquel furent construites de nombreuses écoles – si pas toutes les écoles – que comptent la zone de Ngoma tsé-tsé. Tata Nkounkou a aussi construit un dispensaire baptisé " Ma Lembe" du nom de sa mère, il est venu en aide aux misérables, et guérissait aussi des malades mentaux.

 

L’évangélisation des zones avoisinantes a été sa force. Une queue de buffle, héritée de son défunt père TA MBAMA, fut son compagnon inséparable lors de ses sorties d’évangélisation. Ses tournées nombreuses dans la région lui valurent le surnom de "ma youngouta". Il lui est aussi reconnu d’avoir fondé en juillet 1945 le village de SAINT JOSEPH DE KINGOMA  pour rassembler et rapprocher sa famille qui vivait loin à Mpangala. En ce jour, SAINT JOSEPH DE KINGOMA est aussi appelé LE "GATA DIA KANDA DIA TATA NKOUNKOU". Ce village est célèbre grâce à une grande croix en bois et une statue de Saint Joseph qui le surplombent; les règles de la vie chrétienne y sont encore respectées et sont de rigueur.

 

La légende de Mgr. Nkounkou reste célèbre dans toute la région du Pool jusqu’à ce jour. Nkounkou fut le clergé qui avait pour devise:" E TU QUANDO ALIQUANDO, CONVERSUS CONFIRMA FRATER TUOS", c’est-à-dire « et toi quand tu sera revenu, affermis tes frères »

 

Il fut le Clergé fondateur au Congo de la supplique Notre Dame du Perpétuel Secours, il conseillait la dévotion à la Vierge Marie.

 

Le vénérable illustre Mgr. Auguste Roch Nkounkou est enterré dans l’enceinte de la paroisse de Ngoma Tsé-tsé

 

De mémoire lors de ses obsèques, après le service de la Cathédrale Sacre Chœur de Brazzaville son corps fut exposé dans  sa chère  chapelle de Saint Michel de Ngoma Tsé-tsé, un train spécial venu de Brazzaville emmena des milliers de chrétiens qui sont venus lui rendre leur dernier hommage, les populations du secteur de Ngoma tsé-tsé chantaient toutes les nuits.

 

Cette paroisse de Ngoma Tsé-tsé est devenue un lieu de pèlerinage. Des milliers de chrétiens y passent pour prier sur sa tombe.

 

Comme pour paraphraser son Altesse Marie, reine d’Écosse qui avait dit : " c’est en ma fin qu’est mon commencement" ; quelques années après sa mort et grâce a ses mérites, la paroisse de Ngoma Tsé-tsé a été élevé au rang de  SANCTUAIRE REGIONAL DE L ARCHANGE MICHAEL POUR  L’AFRIQUE par le curé du mont Saint Michel de France.

 

"  CORONA AUREA SUPER CAPUT EJUS"

" UNE COURONNE D’OR ENTOURRE SA TETE"

(Mémoire et témoignage d’un petit fils)           

 

 



[1] Dans la tradition Kongo, le préfixe Mi- se rattache à un titre de noblesse à l’instar de Mi-mpangala