Sagesse Kongo

 

Chers tous,

Mwana N'kongo wa luengila mu bingana.
[Le fils ne Kongo s'instruit à l'aide des adages]

Nani lenda vana nsasa za mvovo miami mia bambuta zeto
[Qui pourrait dévoiler le sens de ces mots dus à nos ancêtres]:

1) "Diambu mu n'ua e vo mu lutambi"

2) "Konko mu dia ye mu kuenda"

Bien à vous tous.

Augustin-Romain Kioni kia Bantu

 

Réaction de Jean-Jacques Zodulua

Dans mon intervention, je n'aborderai pas le premier aspect de la préoccupation, c’est-à-dire le sens des 2 adages. Je me limiterai donc
simplement au second aspect relatif à l'orthographe kikongo.

A mon avis, le deuxième adage est écrit correctement; quant au premier,
je pense que la phrase aurait dû être écrite "Diambu mu nwa evo mu lutambi".

S'agissant de l'orthographe même du kikongo, Augustin-Romain me donne
l'occasion de revenir sur un sujet qui, à moment donné, avait été abondamment traité ici et clos de la façon que nous connaissons.

Mais avant tout, j'estime qu'il est important de rappeler à toutes fins utiles que l'un de nos soucis majeurs à "Mfuma" demeure voir le kikongo, notre langue, petit à petit mais sûrement, reprendre sa place parmi les autres langues et recouvrer ainsi sa noblesse.

Il est en effet inadmissible de constater que même dans nos villages la
tendance générale aujourd'hui est de préférer les autres langues à la nôtre.

Chacun de nous a donc compris la gravité de la situation et des frères qui
ont eu à s'exprimer sur ce sujet ont même proposé quelques pistes de solution à exploiter afin de renverser la tendance.

Il s'est fait néanmoins par la suite qu'un problème inattendu a dû apparaître : l'orthographe.
L'on a vu en effet écrire, p.ex., : dyeto, kyeno, kyani, ueto, iani etc ...
pour respectivement dieto, kieno, kiani, weto, yani. On a eu aussi à lire,
p.ex., bampaangi, Koongo, pfumu, etc ... pour respectivement bampangi,
Kongo, mfumu.

Voulant réagir sur cette façon d'écrire le kikongo, des frères ont fait remarquer que le kikongo (comme les autres langues telles que le lingala, le tshiluba, le swahili) compte seulement 5 voyelles (a,e,i,o, u) et que les lettres "Y" et "W" sont des consonnes. Par ailleurs, l'on recourt à la forme phonique uniquement pour faciliter l'apprentissage de la langue notamment aux étrangers mais dans la correspondance normale on ne double pas les voyelles.

Cependant, d'autres frères n'ayant pu accepter ces observations se sont
plaints. De ce fait, au lieu de débattre froidement, courageusement et
objectivement cette question, il a été décidé qu'il faut laisser à chacun d'écrire comme il veut.

Il va de soi que cette décision a dû heurter bien des consciences au point
que même le thème "Nani zolele kulongisa kikongo" qui avait commencé à susciter beaucoup d'intérêt a dû être abandonné court.

Comment pouvons-nous en effet dire que nous aimons notre langue et admettre par aileurs que chacun puisse l'écrire comme il veut ? N'est-ce pas
là une autre façon non seulement de la mépriser mais également de donner raison à ceux qui prétendent que le kikongo est difficile ?

Je persiste et continue à dire que le kikongo n'est pas plus difficile à écrire que les autres langues que j'ai citées ci-haut. Dans tous les cas, l'orthographe kikongo n'a jamais posé problème au niveau de nos villages.
Nos braves moniteurs continuent à l'enseigner aux élèves selon la forme laissée par ceux-là même qui, les premiers, ont eu le privilège d'apprendre à lire, à écrire et à compter à nos vieux parents. C'est d'ailleurs cette même forme que l'on retrouve dans de nombreux ouvrages, manuels scolaires et les livres de référence tels que notamment la Bible ainsi que les recueils des cantiques en kikongo.

Dè lors, le faire autrement au niveau de "Mfuma" peut, me semble-t-il, conduire de notre part à développer et à véhiculer des notions nouvelles totalement ignorées à la base (les milieux ruraux) et qui risquent de causer inutilement et sans nous en rendre compte aujourd'hui, un grand tort à l'avenir de notre langue.

Je dois avouer en passant que c'est un réel plaisir de lire les textes écrits en kikongo sous "sa forme" par les frères Lubanzadio, Mukoko, Kisukidi, Bena, Banzuzi, Wamba, Ngudiankama (les 2), Kiyanda, le Colonel et .... j'en passe (que les autres veuillent bien me pardonner d'avoir omis leurs noms).

Pour conclure, je reste d'avis que la réhabilitation du kikongo passe aussi
et avant tout par son orthographe. En effet, bien nous l'écrirons, mieux il se portera et plus facilement nous le parlerons.

Bien fraternellement.

J.J. Zodulua "jean-jacques zodulua"