Éditorial

Rénaître des cendres

 

Être Ne-Kongo, c’est avoir des liens de sang avec ses frères et ses sœurs dans une région aussi grande que l’Espagne et se trouvant dans 4 pays. Mais s’il y a un autre point commun dans ce qui nous unit, c’est la tendance que nous avons de nous voir incapable de tout. Car nous ne faisons rien pour notre identité, pour notre entité, celle d’où nous sommes originaires. Et pour  continuer à assombrir la situation, les autres disent du Ne-Kongo qu’il est radin, qu’il est bosseur, qu’il est trop honnête et malheureusement qu’il est déphasé. Ils nous envient dans ce que nous sommes, dans la culture qui nous baigne et nous berce depuis notre enfance, ils nous rejettent dans la construction des nations, car ils savent que nous sommes trop dangereux pour eux.

 

Après la célébration du 44ème anniversaire de la naissance de la République Démocratique du Congo, plus d’une question se pose actuellement car cette république a échoué. C’est celle de savoir si cet échec est collectif et pourquoi le peuple Kongo de la RDC a aussi sa part de responsabilité.

 

Si tout le monde est d’accord du fait qu’en 1960, le pays ne comptait que peu d’hommes et de femmes formés pour diriger la RDC, on peut dire que le peuple Kongo était le mieux préparé. Mais était-ce pour un pays de cette dimension ? Il m’arrive souvent de croire que le plus doué des nos aïeux, ne pensait d’abord que pour la belle province, l’ancienne province de Léopoldville. Si cela avait été le cas, nos jeunes générations auraient trouvé un pays à la grandeur de leurs ambitions. Et pourquoi nos grands-parents ont ils accepté d’y aller avec le pays qu’on connaît aujourd’hui et d’avoir même pris la tête des opérations ? Étaient-ils conscients des risques qu’ils prenaient ? Nous avons parfois l’impression qu’ils ne le savaient pas. Ils pensaient que diriger un pays, c’est comme diriger sa famille, et encore là…

 

Et quand arrive le temps des coups d’état, plus d’un proche de Joseph Kasa-Vubu savait que le jeune Mobutu prendrait un jour le pouvoir et qu’il n’était pas préparé pour ce type de responsabilité, parce qu’ils connaissaient son caractère. Et malgré cela, ils l’ont laissé renverser le régime et s’est imposé en utilisant le savoir-faire des conseillers Ne-Kongo. Ceux-ci joueront un rôle essentiel dans les premières heures du régime Mobutu. Avec le temps, ils écriront, chanteront, danseront, crieront la grandeur de cet homme qu’ils ont tous appelé : l’homme du 24 novembre.

 

Aujourd’hui, nous sommes plus d’un qui trouvons que le pays Kongo a cessé d’exister, notre langue a presque disparu, notre culture s’est prostituée, notre grandeur d’âme souffre. Nous ne savons plus où nous en sommes. Il faut renaître des cendres, surtout que le feu consume et tue l’impureté. Et comment?

 

Il ne nous faut pas seulement que des idées, mais des hommes et de femmes d’actions. Ici il ne s’agit pas seulement de ceux qui laissent les autres travailler et qui viennent récolter le fruit des labeurs, mais des ouvriers. Ces hommes et ces femmes qui retroussent les manches et qui vont à contre-vent. Ainsi, il faut des projets viables d’une part mais aussi des hommes et de femmes capables de les matérialiser d’autre part. Oui de les matérialiser, que dis-je ?

 

Londa Mavungu

Grand Montréal