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Magouille au sommet de l’État
(par MICHEL MUKEBAYI NKOSO.)
Tiré du Soft, édition Internationale
Une affaire de trafic d'influence avec
à la clé des pots-de-vin. Deux officiels y sont cités. Le premier, le
directeur de cabinet du chef de l'État, Évariste Boshabe. Le second, le
ministre des Mines, Eugène Diomi
Ndongala. Plus de 12 millions de dollars américains soufflés au cadastre
minier par le patron du cabinet de Joseph Kabila. La MIBA, la Minière de
Bakwanga, est mêlée. Mêlé Diomi. Le ministre est venu enlever au cadastre la
portion congrue d'un million et demi de dollars de redevance que celui-ci
était en droit d'attendre de la société diamantifère pour l'exercice 2004.
La Banque mondiale s'en est indignée.
Elle a trouvé un bouc émissaire
en la personne du directeur général du
Cadastre minier, Ambroise Mbaka
Kawaya, dont elle a réclamé la tête et
l'a obtenue en avril dernier.
Mbaka Kawaya est inconsolable. L'ex-patron
du Cadastre n'a été qu'un
figurant dans un jeu dont la mise en
scène a été opérée par Boshabe
dans son bureau. Pour le compte de qui?
RÉTROCESSION ANNUELLE.
La MIBA rétrocède chaque année 15 pc de
ses recettes brutes au Cadastre minier. Les dernières estimations évaluent la
redevance à 14.5000.000 de dollars mais que la MIBA, invoquant l'état de
guerre, n'a plus jamais payée depuis 1996. L'entreprise minière a jugé que la
guerre était un cas de force majeur et qu'il fallait le faire agréer auprès
du Cadastre minier pour obtenir une exonération pour les cinq années à venir,
le temps de la reprise.
«La survenance de deux guerres de
libération et d'agression… ont profondément porté préjudice à notre société
en occasionnant un retard
important dans l'exécution de nos
obligations», écrit alors le P-dg de
la MIBA, Gustave Luabeya Tshitela. Lettre
adressée à Mbaka Kawaya.
Datée du 12 juin 2003. Dans cette même
correspondance, Luabeya
Tshiteka allègue que même le
gouvernement a reconnu à son entreprise
l'État d'exception dans un compromis
conclu le 18 février 2002.
Difficile pour Mbaka d'accepter la
requête sauf de ruiner sa propre institution dont la MIBA est la principale
pourvoyeuse de fonds. Sa réponse est non.
Son refus est motivé. Il explique que
les recettes de l'entreprise minière n'ont pas été affectées par les deux
guerres. Bien au contraire, la société s'est vue, en pleine guerre, octroyer
de nouvelles concessions. Lorsque la première guerre éclate en 1996, la MIBA
est engagée dans un plan quinquennal
avec l'objectif de porter sa production de 4.800.000 à 7.500.000
carats de diamant. Les prévisions prévoyaient un accroissement de 500.000
carats par an pour des recettes annuelles de l'ordre de 86 millions de
dollars.
«Les effets du cas de force majeure lié
à la guerre évoqué par la MIBA
n'ont pas totalement annihilé les
efforts consentis par cette dernière dans la réalisation de son projet
d'augmentation de la production», objecte Mbaka.
Et de conclure: «le volume et la valeur
des exportations officielles de diamant
de 1995 à mars 2003 ont d'une manière générale largement dépassé les seuils
de l'année 1994».
ET BOSHABE ENTRE EN JEU.
Les chiffres viennent en appui.
Entre 1996 et 1999, les exportations du
diamant de la MIBA sont passées de près de 76 millions à 97.261.794 millions
de dollars. Elles sont tombées à 68.922.965 millions de dollars l'année
suivante pour remonter à plus de 70 millions de dollars une année plus tard. Rien
que pour le premier trimestre de 2003, la MIBA a vendu pour 36.585.575
millions de dollars. Ce qui laisse supposer que les recettes annuelles pour
2003 ont dû atteindre ou même dépasser la crête de 100 millions de dollars. Dans
sa réponse à la MIBA, Mbaka ne s'explique pas comment la même société
sollicite des nouvelles concessions pour des recherches géologiques avec la
prétention de les réaliser grâce à ses moyens propres. L'échange épistolaire
entre Luabeya et Mbaka s'est poursuivi en août 2003 avec une nouvelle requête
de la MIBA contre laquelle le Cadastre minier renouvelle sa désapprobation.
C'est alors que le directeur du cabinet
du chef de l'État entre en scène. Il convoque Mbaka le 1er septembre 2003 à
son bureau et lui demande, séance tenante, de trouver un compromis avec le
patron de la MIBA. Boshabe joue lui-même à l'arbitraire dans une affaire où,
sur papier, aucune compétence ne lui est reconnue. Devant Boshabe, point
n'est besoin d`avancer tout l'argumentaire technique opposé à la MIBA.
Le dircab n'en a rien à foutre. Mbaka a
très vite compris que si le dircab du chef de l'État se mouille lui-même, ce
qu'il y a enjeu et même gros enjeu. Il n'a qu'un seul choix: marcher sur les
principes pourvu qu'il sauve son poste.
Le lendemain de l'audience chez
Boshabe, Mbaka s'empresse de dire au
dircab toute sa disponibilité à faire
ce qui lui plaira. «Le cadastre minier est prêt, suivant vos instructions
reçues lors de la réunion tenue en votre cabinet, à trouver une solution
légale et juste devant préserver tant les intérêts de l'état que ceux de la
MIBA. Ainsi, nous prévoyons des rencontres avec la MIBA à partir de ce jeudi
4 septembre 2003 afin d'examiner tourtes les questions pendantes et nous ne
manquerons de vous tenir informé», se soumet Mbaka dans une lettre adressée à
Boshabe, datée 2 septembre 2003.
Deux semaines plus tard, soit le 19
septembre, le cadastre agrée le cas de force majeur sollicité par la MIBA. L'agrément
établit une dérogation d'une durée de trois pendant laquelle la MIBA ne
paiera que 1.159.000 millions de dollars sur une redevance de 14.500.000
millions de dollars due chaque année. Mbaka a signé mais en privé, il se
prend la tête dans les mains.
Sans les recettes, le cadastre minier
et ses services connexes risquent d'être privés des moyens. Face au
tout-puissant Boshabe, il use de circonlocutions mais dit tout de même les
risques auxquels la concession accordée à la MIBA expose son institution.
VÉRITABLE DÉPIT.
Dans le même style, il laisse déborder
son dépit sur une exonération qu'il qualifie de «manque à gagner». «En vertu
de cette décision (ndlr: l'agrément du cas de force majeure de la MIBA), les
droits superficiaires annuels par carré à payer par la MIBA sont tombés de
14,50 millions de dollars américains à 1,159 millions, soit un manque à
gagner de 12,341 millions pour le cadastre minier et les autres services
bénéficiaires desdits droits superficiaires, le cas de force majeure devant
durer trois ans. Face à cet important manque à gagner, la MIBA constituant le
client le plus important de notre établissement, le cadastre minier aura
grandement besoin du soutien financier du Trésor public pour répondre à ses
besoins… Ainsi, nous sollicitons votre soutien pour que les subventions de
l'État soient
octroyées», écrit Mbaka dans une lettre
datée 20 septembre 2003.
Adressée à
Boshabe, demeurée sans réponse.
S'il n'est
qu'un exécutant,
Mbaka est bien contraint d'assumer.
Comme devant le représentant de la Banque mondiale lors d'une réunion
organisée dans le cabinet de Diomi le 20 novembre 2003. Quand l'ancien
P-dg de la Gécamines
fait état de la dérogation
accordée à la MIBA,
l'émissaire de la Banque sursaute de son siège. Il n'y comprend rien.
Il ne s'explique pas le pourquoi de cette exonération alors que la Banque mondiale a débloqué un milliard de dollars pour le financement des activités de la
MIBA. Le patron du cadastre minier
a beau expliquer, rien n'y fait. Son interlocuteur ne le suit pas. Pourtant, au
fait de la situation, Diomi le laisse
couler seul. Le ministre des Mines n'a rien à voir
dans un dossier boutiqué
en toute discrétion dans le bureau de Boshabe. Lui n'a rien
vu. Ni la paperasse ni – moins encore - les dessous de
table par trop évidents. Sitôt
la réunion terminée, Mbaka fonce à
son bureau et fait minuter deux
lettres, l'une à Boshabe, l'autre
à Diomi.
Son désarroi
se lit dans chacun des mots utilisés.
«Monsieur Horton en a fait (la question
de l'exonération à la
MIBA) vraiment son problème,
cherchant à savoir
comment cela s'est produit et, plus curieux, il exigera, dans
son mot de clôture, que
le PV des travaux du jour
devait inclure ce fait», écrit Mbaka à Boshabe
le 21 novembre. Mbaka a
conscience de la gravité de la situation. Le
rapport de Horton risque de lui
valoir son poste. Il exprime ses appréhensions
à Diomi.
«Nous n'avons pas eu l'impression que M. Horton nous avait compris
car
il avait jugé que, compte
tenu du financement de plus d'un milliard USD de la Banque mondiale à la RDC, ce cas de force majeure partiel qui portait sur 13 millions USD par an pendant trois
ans ne devait pas être accordé… Compte tenu de l'ampleur prise aux yeux de M. Horton par
notre décision d'agrément du cas de force majeure à la MIBA, nous avons jugé utile de vous voir après la réunion afin de vous parler des éléments de ce dossier dont les copies de diverses correspondances et écrits vous étaient réservés… Nous tenons à vous
transmettre officiellement
des éléments», poursuit Mbaka dans sa
lettre à un Diomi impassible.
C'est clair que ce n'est
pas lui qui a géré le
dossier pourtant relevant de sa
compétence. N'empêche qu'il s'en est
mêlé plus tard pour faire
à peu près
la même chose que Boshabe. Malgré l'exonération, la MIBA demande d'obtenir carrément le report
de la redevance de 2004.
Elle passe
par Diomi. Une fois de plus, le cadastre minier
est sommé de renoncer à ses
droits. «Je viens d'être saisi par la MIBA
qui sollicite un report par le Cadastre minier. étant donné qu'une première tranche de 100.000 dollars aurait
déjà été versée par la
MIBA et que les raisons qu'elle
avance me semblent pertinentes et soutenables, je vous demande
de bien vouloir examiner cette proposition et d'y faire droit pour ne pas pénaliser cette grande entreprise qui a un
impact réel sur l'économie du Kasaï Oriental et du pays tout entier», instruit Diomi, début avril, à Mbaka.
Quel choix le ministre lui laisse-t-il lorsqu'il lui demande «d'y faire droit»? Mais pour la Banque mondiale, le responsable c'est le patron du Cadastre.
Sa suspension intervenue
en avril dernier a été applaudie. Les metteurs en
scène dessinent un autre scénario dans les coulisses.
MICHEL MUKEBAYI NKOSO.
lesoftonline.net 09/06/2004
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