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Humeurs | 8/2004 |
| Août
2004 |
Le Cognac auto-pipilisé Le "cognac auto-pipilisé" est une histoire vraie à méditer pendant nos vacances. Elle n'est pas de moi. Elle m'avait été racontée par un professeur à l'Université de Kinshsaha (ex-Université Lovanium) Tenez! Au cours de la période 1971-1973, j'étais assistant à la faculté des sciences économiques de l'Univesité de Kinshasa (ex-Université Lovanium. C'est au cours de cette période que m'était racontée l'histoire que j'ai le plaisir de vous raconter à mon tour, et en mes mots. Je me dois d'avouer que l'expresion "cognac auto-pipilisé" m'est due. * * * Le professeur Delafaille [c'est le nom que, par discrétion, je donne ici à l'acteur principal de l'histoire], vivait au Plateau des Résidents de l'Université Lovanium au cours de la deuxième moitié des anées cinquante. Sa maison du type S était située près du "Gros Arbre" non loin du Club des Résidents. Célibataire, il avait un boy qui l'aidait pour tout ce qui est des travaux ménagers, à savoir : entretenir la maison, faire la cuisine, faire la lessive, faire la vaisselle, entretenir le jardin, etc. Le boy, originaire du Bas-Kongo, s'appelait Mbolozi. Il avait la réputation d'être un excellent travailleur et un honnête homme. Le patron avait entièrement confiance en lui. Après ses cours dispensés à la faculté polytechnique de l'Université Lovanium, le professeur Delafaille avait l'habitude de raffoler des crêpes pour accompagner son café pris au terme de ses repas. Les crêpes de Mbuta Mbolozi étaient appérissants. Mbuta Mbolozi gardait jalousement la formule secrète de leur préparation. Même son patron n'était pas pervenu à percer ce secret. Un jour, le Professeur Delafaille avait, à son corps défendant, constaté pour la première fois une baisse non justifiée du niveau de sa bouteille de cognac qui'il gardait jalousement dans son armoire au salon. Comme il vivait seul, il en était venu à soupçonner son boy. A la suite d'une deuxième baisse non justifiée du niveau de sa boutelle de cognac, la confiance que lui inspirait son boy avait pris un sacré coup. Désormais, le Professeur Delafaille avait pris l'habitude de marquer le niveau de sa bouteiile. Il procédait au marquage parfois en tournant le bouchon de la bouteille vers le haut, parfois en tournant le bouchon de la bouteille vers le bas. Mais rien n'y fît. Le niveau de la "sacrée" bouteille continuait à accuser des baisses injustifiées. Pour punir l'incorrigible inconnu qui buvait son cognac à son insu, le Professeur Delafaille avait eu l'idée de verser un peu de son propre pipi dans la bouteille du cognac. Ni vu ni connu. Car le pipi du professeur et le cognac avait la même couleur. Il s'était trouvé être que ce stratagème n'avait pas empêché au niveau de la bouteille de cognac de baisser régulièrement. Etant persuadé que l'incorrigible inconnu avait bu son "cognac auto- pipilisé", le Professeur Delafaille, avec un malin plaisir, avait posé la question suivante à son boy : - Depuis belle lurette, je constate que le niveau de ma bouteille de cognac ne cesse de baisser. Nous ne sommes que deux dans cette maison. Pourrais-tu me dire qui boit mon cognac à mon insu? Le boy, surpris mais sûr de lui, avait répondu : - Patron, c'est avec du cognac que je flambe les crêpes dont tu raffoles tant. LA SUITE DE L'HISTOIRE L'histoire ne nous dit pas ce qu'il était advenu de la bouteille du "cognac auto-pipilisé". LA MORALITÉ DE L'HISTOIRE : "Á malin, malin et demi." C'est-à-dire : On trouve toujours plus malin que soi. Somme toute, Mbuta Mbolozi, n'était même pas malin. Il était tout simplement honnête. D'après le dictionnaire LE NOUVEAU PETIT ROBERT, et honnête, au sens 1, celui qui "se conforme aux principes de la probité, du devoir, de la vertu." PISTE DE RÉFLEXION L'honnêteté est l'une des valeurs ethnoculturelles kongo dont les Kongo devraient pouvoir être fiers. S'agissant des valeurs ethnoculturelles kongo, l'on peut lire ce qui suit dans les statuts de l'association internationale sans but lucratif de droit belge dénommée : MFUMA NE KONGO-EUROPE (en sigle MNK-EUROPE AISBL) : "Article 3. Mfuma a pour objet social de renforcer les liens de solidarité entre les membres des communautés locales partageant l'usage du kikongo comme langue maternelle ainsi que la coopération, l'amour du prochain, l'honnêteté, le respect de la parole donnée, le respect de l'autre, le respect de la vie, le respect de l'environnement, la persévérance, l'ardeur au travail, l'humilité, la tolérance, le souci du règlement pacifique des différends, la sagesse et l'unité dans la diversité comme valeurs culturelles afin de concourir au développement humain dans l'Espace socio-culturel Kongo couvert au sud par le nord-ouest de l'Angola, au centre par l'ouest de la République Démocratique du Congo et l'Enclave de Cabinda, au nord par le sud de la République du Congo et le sud du Gabon." Il va sans dire que la liste de valeurs ethnoculturelles kongo reprise dans l'article qui précède est loin d'avoir la prétention à l'exhaustivité. Elle n'est mentionnée qu'à titre indicatif. Ici peut-être davantage qu'ailleurs, je crois pouvoir soutenir, avec une insistance particulière, que c'est par l'éducation dont nous sommes nous-mêmes redevables à nos aïeux et proches parents que nous avons pu intérioriser les valeurs ethnoculturelles kongo. Pour un Kongo digne de ce nom, l'intériorisation des valeurs ethnoculturelles kongo en tant que parent ou futur parent et leur transmission à notre protérité n'en acquièrent qu'une importance encore plus grande. Bien à vous tous. Augustin-Romain Kioni kia Bantu |