Par Me Alfred Mandaka-Vakanda, LL.M.
Dans le cadre de la tenue du présent colloque portant sur « hommage à Gérard Buakasa », recours a été fait à nous, pour faire une présentation sous forme de témoignage sur ce personnage, considéré à la fois comme chef de famille, chef coutumier ou traditionnel, et enfin, comme un haut personnage du monde scientifique et académique de l’ère.

Nous en étions fier, ravi et heureux d’assumer cette tâche, et tenons ainsi à remercier de fond de notre cœur, tous les membres organisateurs dudit colloque, pour cette marque de confiance voulant à nous associer à cet événement digne de son nom. Le choix sur nous, il faut le dire, n’a pas été un fait du pire hasard. C’est un choix judicieux, et minutieusement réfléchi; étant ici précisé qu’il fallait localiser la bonne personne à même de faire « vibrer » l’événement, moyennant un témoignage aussi bien vivant qu’époustouflant sur le personnage de Gérard Buakasa.

C’est au tant dire que je suis de la famille Buakasa. Je connais fort Buakasa. Il est non seulement mon frère-aîné, mais aussi et à la fois mon oncle, mon chef de famille et j’en passe. Je vis avec lui depuis longtemps sinon depuis mon jeune âge alors à Righini, ce beau quartier de Kinshasa au Congo. Depuis une dizaine d’années, je suis avec lui ici au Canada, et je vis toujours à ses côtés.

C’est donc à juste titre que je me porte fort pour faire une présentation sous forme de témoignage, bien évident sur une grande partie de la vie de mon aîné Gérard, comme chef de famille, chef coutumier et traditionnel, mais aussi et surtout comme un grand homme du monde scientifique moderne.

I. Buakasa, comme chef de famille et chef coutumier

D’emblée, il convient de retenir que Gérard Buakasa est originaire du Congo Démocratique, l’ex-Zaïre. Il est né en 1937 à Ndembo, petit village situé dans la province du Bas-Congo, précisément dans la sous-région des cataractes, aux proximités de la cité de Thysville, ancien nom de Mbanza-Ngungu.. C’est donc dans ce petit village que Buakasa fut élevé, y acquerra sagesse, connaissances, valeurs culturelles, coutumières et traditionnelles, avant de devenir à la fois chef de famille, chef coutumier et plus tard, homme de science moderne.

Buakasa est avant tout, père et chef d’une famille aussi nombreuse. Il compte à son actif, une dizaine d’enfants comprenant aussi des petits fils et petites filles. Un bilan nettement positif. Il vit présentement au Canada depuis une dizaine d’années avec tous les membres de sa petite famille, après avoir bien sûr, longtemps vécu et passé la majeure partie de sa vie au Congo, l’ex-Zaïre. Depuis, Buakasa a toujours été proche et aux côtés de sa famille pour laquelle, il s’est dépensé pour son encadrement.

Buakasa ne s’est pas seulement limité à s’occuper de sa petite famille. Il a élevé et encadré pas mal du monde : membres de sa famille au sens large, les enfants de ses frères, les enfants de ses sœurs, cousins, les enfants de ses amis et des connaissances, jeunes du quartier, adultes, vieillards originaires du Congo ou d’ailleurs, des groupes de personnes, d’associations et j’en passe… Il a toujours eu le goût d’encadrer les jeunes, les jeunes adultes et d’être toujours proche d’eux. Il l’a démontré plus d’une fois avec les jeunes du quartier à Righini/Kinshasa, lieu de sa résidence, comme il continue de le faire jusqu’à présent.

L’exemple le plus probant me concerne moi-même, alors étudiant à
l’Université de Kinshasa vers les années 80, j’appartenais à une association dénommée « Cercle de Promotion Culturelle Toma-Kua-Nsi signifiant le
développement du pays ou de la région », regroupant les étudiants de tous les établissements de l’enseignement supérieure et universitaire du Congo, tous originaires du Bas-Congo.

je conduisais souvent une forte délégation d’étudiants membres de cette
association, pour rencontrer le professeur Gérard Buakasa à son domicile de Righini, pour vivre ensemble ses expériences sur nos origines, nos coutumes et traditions, nos valeurs culturelles et ancestrales. On abordait aussi les questions sur la science académique et sur bien d’autres questions relatives au développement du Pays.

Sociable et accueillant, Vieux des jeunes, il nous recevait dans son beau jardin de Righini, lieu de sa résidence familiale. On se partageait le peu qu’il avait. Malins que nous (étudiants) étions, nous-nous présentions toujours aux heures de déjeuner pour l’accompagner à table. Des étudiants non seulement ceux qu’il a enseignés, mais d’autres étudiants se présentaient à lui pour se ressourcer sur le plan académique et scientifique, ont défilé devant lui.

D’important à mentionner ici, ce qu’à travers des multiples rencontres que j’ai eues avec lui, le « vieux » ne cessait de prodiguer des conseils pour un lendemain meilleur. Il encourageait toujours les jeunes à prendre la vie, les études au sérieux pour leur propre intérêt, mais aussi, pour l’intérêt de notre pays, le Congo.

À ces occasions, Le « vieux » ne cessait de parler et de privilégier nos coutumes, nos traditions, nos valeurs ancestrales. Il nous expliquait le mode de vie que menaient nos ancêtres : la manière de manger; de s’habiller, de danser. Ainsi, à certaines occasions notamment lors d’événements ou de fêtes en famille, il arrivait quelque fois au « vieux » de faire quelques démonstrations des danses traditionnelles autrefois exhibées par nos ancêtres, avec un pagne aux hanches.

Il nous expliquait également comment était organisé le système de mariage et d’organisation des fêtes, festins et le système de partage; la question des tabous, le système des clans et le lignage, l’appartenance à la terre et la culture des terres, le respect, la solidarité et la sociabilité, le comportement et la politesse notamment l’attitude à adopter lorsqu’un jeune par exemple se trouve en face d’un aîné, le comportement en famille et en groupe etc…

Aussi, le « vieux » aimait et aime bien s’exprimer en dialecte le « Kikongo » langue parlée dans la province du Bas Congo, notamment lorsqu’il se trouve en présence d’un frère « mukongo » c’est-à-dire originaire du Bas- Congo.
L’idée première de Buakasa n’est autre que la valorisation et la sauvegarde des cultures, valeurs et langues de nos ancêtres, mais aussi de « forcer » en quelques sorte les jeunes à les connaître davantage pour ne pas les perdre.

Il aime raconter les histoires, les contes et anecdotes traditionnels etc…, en dialecte, pour transmettre ses connaissances, ses expériences surtout aux jeunes. Il a résolu plusieurs conflits familiaux ou non, en faisant recours à la coutume et tradition. Il est souvent écouté et respecté notamment lorsqu’il conseille ou lorsqu’il raconte…

Il aime bien manger les produits agricoles et exotiques habituellement mangés au village tels que le manioc, les arachides (cacahouètes), les Mfumbwa, le Mbika (couscous) accompagné d’un peu de poisson salé « Makayabu » en langue « lingala » et communément appelé dans la dialecte de « Bakongo », « kisala-kindeki », pour se souvenir et se rappeler de nos coutumes, de nos traditions et des nos ancêtres.

À cet égard, il a la qualité incontestable et incontournable de chef de famille et de chef coutumier et traditionnel... Buakasa, est une source intarissable de nos concepts et des données particulièrement sur le peuple Kongo. Il est notre ethnologie, notre anthropologie et nos valeurs. Bref, il a toujours démontré et expliqué, ce que les « ne-kongo » étions, sommes et devrons être.
Ces qualités remarquables et combien exemplaires de chef traditionnel, ont fort contribué à son émergence comme grand homme dans le monde scientifique moderne. Sociologue, Anthropologue et Philosophe, il a toujours été proche de la société, des gens, des individus, des frères et sœurs, des amis, des groupes etc… C’est ce qui nous permet de parler de Buakasa comme homme de science.

II. Gérard Buakasa comme Professeur et scientifique.

Buakasa n’est pas seulement chef de famille ou chef coutumier. Il est aussi un homme de science, un imminent professeur et chercheur chevronné.

Alors que je fréquentais encore l’école secondaire vers les années 1970, Buakasa se faisait déjà parler de lui comme chercheur et enseignant
universitaire. Grâce à ses compétences et qualités professionnelles, ses recherches et publications combien remarquables, Buakasa s’était fait
rapidement classer au niveau d’un chercheur de haut calibre de cette époque-là. Il deviendra depuis, « célèbre » et « vedette » dans le monde université tant du Congo Démocratique, que dans le monde universitaire d’outre-mer.

J’ai vu Buakasa dispenser des enseignements. Je le voyais également tenir des conférences, des colloques et séminaires… Je le voyais aussi partir enseigner non seulement dans les Universités et Instituts au Congo, mais aussi ailleurs à travers notamment beaucoup de pays d’Afrique, comme dans d’autres continents. Je me rappelle encore lorsqu’il nous disait au revoir parce qu’il devrait aller donner cours ou tenir des conférences, des colloques et séminaires etc…à l’Université Marien Ngouabi à Brazzaville (Congo), au Togo, au Bénin, au Burkina-Faso, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Nigeria, au Caméroun, au Centre-Afrique, au Mali, au Brésil, aux Etats-Unis, en Suisse, en Belgique, en France et j’en passe. Mais je ne sais s’il a fait aussi l’Asie et les pays du monde Arabe.

Buakasa m’a beaucoup inspiré, encouragé et assisté pour que je devienne aussi homme de science comme lui. Encore jeune, il me demandait de fois de rencontrer des grandes personnalités comme Mgr Tshibangu, le Cardinal Malula son parrain, et beaucoup d’autres professeurs, soit pour leur transmettre un message, ou soit pour leur remettre du courrier. Ce qui me donnait déjà le goût de devenir aussi professeur comme lui. C’était un réel plaisir sinon un prestige pour moi, le fait même de fréquenter des grandes personnalités de cette époque-là, qui m’encourageaient eux aussi dans les études, à chaque fois que je les rencontrer.

Buakasa a accompli une formation universitaire très remarquable et
exemplaire. Ce qui nous pousse à élaborer sur le parcours académique de ce grand-homme.

Formation

Buakasa a suivi une carrière universitaire remarquable et exemplaire.
Son statut universitaire ? Il est détenteur d’un doctorat, ès Sociologie, de l’Université de Sorbonne, Paris (France) 1971.

Ses disciplines de spécialisation portent sur les sciences d’Anthropologie, de Sociologie et de Philosophie; alors que ses domaines visent notamment la Religion, la santé en ce qui a trait à l’anthropologie médicale, l’Anthropologie du développement, l’Éthnicité et l’interculturalité, ainsi que l’Épistémologie de la Science humaine.

Avant d’amorcer des études doctorales, Buakasa a réalisé une double Maîtrise. D’abord en Sociologie, Université de Louvain, Belgique, 1965. Ensuite,une Maîtrise en Philosophie, obtenue à Paris-X-Nanterre, France 1971.

Mais auparavant, il avait fait un Certificat en Développement, à l’Institut. International de recherche et de formation en développement, Paris, France,
1966; une Candidature en Philosophie, Université de Louvain, Belgique, 1966; une Candidature en Science Politique et Sociales, Université de Louvain, Belgique, 1963. Déjèa, Buakasa avait un titre d’auxiliaire social en études sociales de l’ Institut Cardjin de Bruxelles, Belgique, 1962.


Expérience professionnelle

Buakasa a connu une expérience professionnelle considérable. Il dispose d’un curruculum vitae très lourd. Professeur ordinaire depuis 1980, dernier
statut universitaire après avoir franchi tous les échelons de professeur universitaire. Il a aussi, dans son parcours académique, occupé des
fonctions et postes de responsabilité importants notamment dans les
universités ou il a enseigné. Point n’est besoin pour nous de les énumérer, la liste étant longue.

Publications

Dans sa carrière, Buakasa a beaucoup publié. D’inombrables ouvrages, une quinzaine d’ouvrages collectifs, une cinquantaine d’articles, etc…

Sans pouvoir énumérer ses différentes publications, nous avons pu sélectionné quelques unes d’entre-elles, qui ont rendu Buakasa plus célèbre dans le monde académique et scientifique.

Buakasa ne s’est pas limité aux publications. Il a tenu près d’une cinquantaine des colloques, séminaires et conférences dans sa carrière professionnelle, comme il a participé à ceux initiés à travers les universités du monde.citons:

- « L’impensé du discours. La sorcellerie c’est-à-dire, le « Kindoki et Nkisi » en Pays Kongo », extrait de sa thèse de doctorat, 1973;

- « Le Zaïre face au développement du sous-développement(1988). Ce qui lui a fallu coûter la vie sous le régime dictatorial de Mobutu;

- « Réinventer l’Afrique sur l’axe de la tradition africaine » 1996,
préface du professeur Gilles Bibeau de l’Université de Montréal/Canada.


- « L’expérience africaine de la guérison et de la mort, par-delà, la souffrance et la mort », 1993;
- « Une illustration de l’identité culturelle et historique de l’homme noir », 1989;

-« Sexualité et Evolution des mentalités », 1885;

- « 22 termes parmi lesquels : amour, clan, divination, dot, enfant,famille, mariage, femme, jumeaux, inceste, kikongo, lignage, mère, polygamie, possession, sang, sœur, sexualité, terre, village, 1992;
- « Ou va l’Afrique » 1962.

En guise de conclusion,

Ce qu’il faudrait retenir, Buakasa a marqué le monde académique et scientifique de l’ère. Il est de la trempe des grands professeurs de ce monde. Il est un exemple notamment pour nous les jeunes. Il a l’estime de beaucoup de personnes surtout scientifiques.

Éminent professeur et grand chercheur, Buakasa nous laisse sur le terrain scientifique, un héritage à travers ses pensées, sa philosophie, et sa manière de concevoir le monde, pour son développement harmonieux, dans
l’intérêt de tous et pour tous.

Hommage au professeur Gérard Buakasa Tulu-Kia-Mpasu ! ! !


Me Alfred Mandaka, LL.M

Hommage au professeur Gérard Buakasa:« présentation et témoignage ».
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