Il n’existe pas de colonisation pure. Qui colonise se voit aussi colonisé ipso facto. Pour le confirmer, particularisons-nous sur la colonisation portugaise dans la société Kongo, en parlant spécialement de la langue. Il n’est pas surprenant de voir le Kikôngo dans la langue portugaise. Preuve de quoi la civilisation Kôngo ne fut jamais inférieure par rapport à celle des Luso.
Voici quelques termes que le Portugais a emprunté :
1) BANZO : Nostalgie qui attaque les Nègres d’Afrique, lit-on
dans le dictionnaire portugais. En Kikôngo, le verbe bânza signifie
« réfléchir, méditer, penser ». Autrement
le terme veut dire réflexion, pensées au pluriel (mabãnzo
est variante) en kikôngo.
2) CABILA : Tribu ; horde, lit-on dans le dictionnaire portugais. L’étymologie
kikôngo est : de Ka, portugalisé en CA, préfixe locatif
et de bila (yîla, vîla) : lier, réunir, associer, unifier.
Ce terme est synonyme étymologique de luvîla : famille, clan
et synonyme analogique de kânda : village, petite société.
Il est curieux que la langue portugaise qui a malta, tribo, horda, bando
retienne aussi ce terme. Par ailleurs, le fait qu’aucune lexicographie
explique l’étymologie latine ou grecque ou encore germanique,
il nous paraît vérité que CABILA soit d’origine
Kôngo, pour ne pas dire Afrique centrale qui serait vaste.
3) MANDINGA : Sorcellerie, sortilège, difficultés, embarras,
mal chance. Depuis toujours, la sorcellerie a été telle, jusqu’à
ce que l’Histoire lui trouva un synonyme : Fétiche. Et quand
nous trouvons mandinga dans l’usage portugais, la curiosité
nous envahi. En kikôngo, ndîngu est une nuit qui apporte la
peur, minuit, heure que les esprits noctambules ont coutumes de se promener
sur les routes silencieuses du village. La particule MA indique, quand il
est préfixé dans certains termes, la notoriété,
la noblesse ou simplement l’action du terme. Mandinga viendrait de
MA e de dînga : chercher, explorer ; (dîngika) : imposer le
silence, établir la paix, tranquilliser. Sorcellerie, sortilège
sont des sens propres ; embarras se dit quand la victime fait face aux infélicités
causées par ces esprits; difficultés et malchance : comme
nous pouvons le voir, la victime croit affronter des difficultés,
et croyons qu’il a la malchance.
4) QUITANDA : boutique. En portugais il existe loja, oficina et venda que
sont courants. Quitanda a des liens avec kitanda, terme kikôngo qui
veut dire boutique, loja, super-mercado. Voici l’étymologie
: de ki, prefixe locatif et de tanda, exposer, étendre la marchandise
: lieu ou l’on expose ou étend les marchandises, boutique,
supermarché.
5) MANCEBA : en Portugais, cela veut dire la deuxième femme ou encore
maîtresse de maison. En kikongo, selon les idiomes, on parle de nseba,
museba, manseba pour dire la femme légitime, la première femme
(dans la polygamie). Les écrits de siècles passés dont
les auteurs sont Lorenzo da Lucca (XVII), Luca da Caltanisetta (XVII-XVIII),
Antonio Cavazzi (XVII-XVIII), Bernardo da Gallo(XVII-XVIII), etc. confirment
que manceba est simplement kikongo.
6) TANGA : panneau, ou mieux pagne de femme. Selon Fra Lucca Da Caltanisetta,
en 1799, tanga est une pagne avec laquelle les Nègres cachent le
sexe (Voir son Diare traduit par Fr. Bontinck, page 121). L’option
de Fr. Bontinck est telle que « le terme portugais tanga, vient de
kikongo : ntanga »
7) SARABANDA : Dance ancienne de Portugal. En 1698, un Père Capucin,
Luca Da Caltanisetta, en mission au royaume Kongo, décrit un type
de danse de cette manière : « la danse honnête des hommes
du Congo contient plusieurs similitudes avec mattacino exécute dans
notre pays ; l’unique différence … nous mettons un homme
au milieu des danseurs avec aspect d’un cadavre alors qu’au
Congo, ils mettent un homme que joue continuellement un tambourin. Cette
danse honnête s’appelle BANDA » (Diaire Congolais…
page 131). Ce tambourin, de l’accord avec le même auteur, est
appelée (m)banda. Alors, que signifierait SANGABANDA ? Sans doute,
SANGA BANDA : danser cette danse comique animée à l’aide
de cet instrument musical que l’on appelle Mbanda. (ou kimbanda).
Dans son dictionary and grammar of the kikongo language,publié en
1887 à Londres, Bentley écrit, page 141, SANGA : « to
dance, or leap with joy » : danser ou sauter de joie. Bel et bien
mattacino est une danse italienne, mais sangabanda est Kongo.
Toute langue est riche et pauvre en même temps. Riche parce qu’elle
parvient à interpréter tout ce qui existe dans le milieu où
elle est utilisée. Pauvre parce qu’en relation avec d’autres
langues, elle manquera d’interpréter certaines choses qui n’existent
exclusivement que dans l’autre société. Sans ambages,
les faunes, flores, hydrographie, relief n’ont jamais été
partout le même. Il en est de même quant aux inventions qu’une
société donnée met en évidence. Qui ignore que
les termes penalty, corner, caballe, kinésithérapie, kyrielle,
ne sont pas proprement Français ?
D’une manière générale, ceci est preuve qu’aucune langue est impropre pour la science. Traduire les sciences en kikongo ou encore en langues africaines n’est pas impossible. La volonté et le sacrifice sont les bases pour y parvenir. Quelqu’un a dit < ce que l’on fait quand l’on réjouit encore de la vie, fait son échos pour l’éternité.> Et, il a raison.
Mpangi’eno Batsikama.
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