"Forme de l'Etat, Constitution de la Troisième République...

Bundu dia Kongo répond à 4 préoccupations fondamentales de l'heure

Le parlement de transition examine actuellement la forme de l'Etat à adopter pour le pays après la transition. Que pense Bundu dia Kongo à ce sujet? Le même parlement a la mission de confectionner la nouvelle Constitution devant régir la ROC. Quelle opinion Bundu dia Kongo émet-­elle à ce sujet? Certaines personnes croient que le fédéralisme ne convient pas actuellement pour la RDC parce que certaines provinces n'ont pas les ressources et les infrastructures voulues pour assurer leur autonomie. Que dit Bundu dia Kongo à ce sujet et enfin que peut répondre ce même mouvement politico-religieux à ceux qui pensent que le fédéralisme ne convient pas actuellement parce que le pays sort à peine d'une guerre? Ces quatre préoccupations résument bien toute une foule de questions que la population intéressée a pu adresser à Bundu dia Kongo et dont les réponses ont été données samedi au cours d'un point de presse animée par chef suprême de Bundu dia Kongo, Ne Muanda Nsemi.

 

Victoire du fédéralisme

Comme pour introduire sa conférence, Ne Muanda Nsemi a situé la RDC, un pays de 60 millions d'habitants et dont le gouvernement central n'a de la place que pour une centaine de ministres et pour le parlement tout au plus 600 membres. C'est dire que la grande majorité de la population congolaise est en dehors des institutions. Hors de ces institutions se retrouvent donc des gens de très grande valeur intellectuelle, morale et spirituelle.

Ne Muanda Nsemi croit ainsi qu'il est important qu'à chaque grand tournant de l'histoire de ce pays, quand les choses ne marchent pas, que ce qui sont en dehors des institutions puissent s'exprimer afin de donner leur point de vue sur la marche de la chose publique. Dans, ce cadre, Bundu dia Kongo a toujours donné son point de vue à chaque tournant, depuis la 2ème République.

Des questions avaient été par exemple posées sur le dialogue de Sun City et auxquelles Bundu dia Kongo voulait répondre, soulignant dès le départ l'échec de ce dialogue. C'est à ces préoccupations de la population que voulait répondre BDK le 22 juillet 2002, mais malheureusement, une certaine intoxication avait agi et avait fait que cette date soit mal interprétée et déviée de son sens originel, avec tous les dérapages connus.           .

Pour Ne Muanda Nsemi, ce dialogue a effectivement échoué car c'est la communauté internationale qui a imposé son point de vue aux Congolais à travers ce qu'on a appelé Accord global et inclusif. Le Chef suprême de BDK démontre que de gens de très grande valeur ont été exclus de la gestion de la transition alors que l'Accord se veut global et inclusif.

 

Quatre préoccupations

Face aux journalistes, Ne Muanda Nsemi a répondu à la foule de questions résumant les préoccupations de la population.

Première question : Actuellement, le parlement de transition travaille sur la forme de l'Etat qu'il faut adopter pour le pays après la transition. Que dites-vous à ce sujet?

Réponde de Ne Muanda Nsemi : Je dis au parlement de transition que c'est une perte de temps, d'énergie et d'argent parce que l'administration coloniale belge avait géré ce pays sous forme fédéral et cela avait donné de très bons résultats sur le plan de la gestion ainsi que le fruit de cette gestion.

En 1959, les Congolais réclament l'indépendance. En 1960, la Belgique donne son accord sur le principe de l'indépendance. Le parlement belge va se réunir et confectionner une constitution pour le futur Congo' indépendant, la Loi fondamentale qui était de type fédéral. Pour tenter de juguler le désordre qui suivra l'accession à l'indépendance, des dialogues seront organisés dont celui de Tananarive (Madagascar). A la fin de ce dialogue, toute la classe politique congolaise avait opté pour le système fédéral. La crise va se poursuivre et un autre dialogue fut organisé, celui de Coquilathville (Mbandaka) ; après Coquilathville, ce fut le Conclave de Lovanium, puis la Conférence constitutionnelle de Luluabourg. A Luluabourg, la classe politique, à l'unanimité, avait opté pour le fédéralisme. Elle produit une constitution de type fédéral qui a été vulgarisée, soumise au référendum populaire et approuvée par le peuple congolais dans son ensemble.

Si la Loi fondamentale n'était qu'une loi faite par les Belges, la Constitution de Luluabourg était l'œuvre des Congolais. C'est pourquoi, Ne Muanda Nsemi a toujours soutenu que l'unique constitution légale de ce pays c'est celle de Luluabourg de 1964 qui est de type de fédéral.

A la CNS, à l'unanimité, la classe politique, les associations de la société civile avaient opté pour le système fédéral. «Trouvez-vous normal qu'après tant de conférences, qu'après tant de résolutions qui ont toujours opté pour le fédéralisme qu'on fasse le même travail ?», se demande le chef suprême de BDK.

Deuxième question : L'actuel parlement de transition a la mission de confectionner la nouvelle constitution de la ROC. Avez-vous une opinion à émettre à ce sujet?

Réponse de Ne Muanda Nsemi : J'ai une opinion. Une fois de plus, je dis aux parlementaires de la transition ceci: «Honorables, cessez de nous faire perdre du temps, parce que la RDC a déjà perdu 44 ans d'indépendance cochonnées». Le problème de ce pays, croit Ne Muanda Nsemi, n'est pas celui de trouver une constitution, mais c'est un problème d'hommes intègres, intelligents, dotés de valeurs morales et spirituelles. La constitution fédérale de Luluabourg suffit largement pour conduire ce pays au bonheur, au développement et à la puissance. Une constitution qui n'avait pas besoin d'être amendée et capable de diriger ce pays pendant 100 ans.

Troisième question : Certaines personnes disent que le fédéralisme ne convient pas actuellement pour la ROC parce que certaines provinces n'ont pas les ressources et les infrastructures voulues pour assurer leur autonomie. Que répondez-vous à ce sujet?

Réponse de Ne Muanda Nsemi : Voici un prétexte qui cache l'incapacité à se prendre en charge et la mauvaise foi. Parce que, explique le chef suprême de BDK, toutes les provinces de ce pays sont plus grandes que la Belgique et chacune d'elles est dotée des ressources naturelles fantastiques.

Quatrième question : Que dites-vous à ceux qui pensent que le fédéralisme ne convient pas actuellement parce que le pays sort à peine de la guerre?     .

Réponse de Ne Muanda Nsemi : C'est un prétexte qui cache l'incapacité à gérer c9rrectement ce pays, la mauvaise foi et l'incapacité à se prendre en charge. Nous sortons à peine d'une guerre. Mais qui a fait cette guerre, s'interroge-t-il, ajoutant que toutes les rebellions qui ont saccagé ce pays proviennent toujours des mêmes provinces « génocidaires » de l'Est.

L'exposé introductif de Ne Muanda Nsemi a été suivi par un débat fort intéressant au cours duquel les journalistes ont cherché notamment à savoir s'il est candidat Président de la République. A cela, il a répondu qu'il se présentera comme candidat à ce poste si le peuple le lui demande, il n'écarte même pas la possibilité d'assumer les charges de conseiller.

Ses rapports avec le Gouvernement? «Nous n'avons de problème avec personne. Tous ceux qui ont fait du mal à BDK, s'il leur arrive de nous demander pardon, on l'acceptera de bon cœur », dit Ne Muanda Nsemi Avec le gouverneur du Bas-Congo, Ne Muanda Nsemi répond: «Le gouverneur Tsasa di Ntumba est venu me voir, on a discuté et la mesure de suspension a été levée».

Au cas où le fédéralisme ne serait pas adopté par le parlement comme forme de l'Etat, quelle sera la position de BDK ? « Je demanderai au peuple de chaque province de se prendre en charge», avertit le chef suprême de BDK.

Envoyez-vous la population à une insurrection? « Non, il doit se prendre en charge car c'est sa destinée qui est en danger », souligne-t-il.

Philippe Ngoma