35ème anniversaire de la mort de Joseph Kasa-Vubu :
Entretien avec Marie-Rose Kasa-Vubu
Marie-Rose Kasa-Vubu Kiatazabu : « Nous ne pouvions mieux rêver
pour réhabiliter la mémoire du premier Président de la République »
… Dans une interview exclusive à la « Citaf », elle évoque la
mémoire du président défunt et de sa dimension politique et répond à certaines
questions indiscrètes sur les OPK, le mausolée,… (Lire en page 3)
Marie-Rose Kasa-Vubu n’entend pas déroger à une règle qui a déjà planté
ses racines dans l’histoire de la mort de son père, Joseph Kasa-Vubu, père de
l’indépendance congolaise, dont l’anniversaire – le 35ème du genre –
tombe ce 24 mars 2004.
A la seule différence des années précédentes, la fête commémorative de la
mort de Joseph Kasa-Vubu est marquée par une originalité : une visite de
courtoisie guidée à la maison communale de Kasa-Vubu, où même l’ancien
Président de la République exerça en tant que 1er bourgmestre noir
pré-indépendance.
Autre innovation qui tranchera avec le passé, c’est le concert de musique
classique des grands maestro dans ce genre musical qui aura, en même temps que
le vernissage pour cadre le Grand Hôtel Kinshasa.
Encore enfin une innovation, la messe anniversaire habituellement dite en
l’église Notre Dame du Congo, aura des « doublures » parce que devant
être célébrée simultanément à Kinshasa, Brazzaville, Lubumbashi et partout au Bas-Congo sous l’égide, bien entendu des
Oeuvres Président Kasa-Vubu (OPK-asbl)
qui se révèlent ainsi comme l’artisan majeur de la pérennisation de la mémoire
de l’illustre disparu.
C’est donc en prélude à toutes les manifestations projetées dans le cadre
de cet anniversaire que Marie-Rose Kasa-Vubu, député et fille aînée de l’ancien
Président de la République, a daigné accorder, en exclusivité, l’interview
ci-dessous reproduite, à la « Cité Africaine », à travers son
Editeur-propriétaire, Albert Ntula di Mbewa.
Marie-Rose Kasa-Vubu n’a éludé aucune question de toutes celles
auxquelles elle a été soumise par notre Editeur. Le mausolée de Joseph
Kasa-Vubu dont l’érection fait couler beaucoup d’encre et de salive et bien
entendu, le conflit qui l’oppose à certains membres de sa famille biologique.
Citaf : Comment êtes-vous devenue députée ?
M-R
K :
Ce n’est pas la première fois que je suis député. J’ai été élue à Kinshasa en 1977,
lors d’élections libres et démocratiques. J’irai même plus loin, j’ai été
membre du bureau et le mandat a duré cinq ans de 1977 à 1982. Je pense que
j’avais la trentaine. Aujourd’hui, j’ai la soixantaine. Je ne suis pas
fatiguée. Et j’étais bourgmestre dans la ville de Kinshasa de 1972 à 1977.
Citaf : Une
surprise? Est-ce à dire vous n’avez pas été consultée ?
M-R K : Qu’est ce que
vous voulez dire par-là ? Nous sommes en politique, on ne peut pas tout dire.
Lorsqu’on
lui demande ce qu’elle pense du « Kasavubisme »,elle
estime que c’est une philosophie qui se recherche encore.
M-R K : Les autres
courants idéologiques viennent de personnes autres que leur propre progéniture.
Ce serait trop gratuit pour moi, je reste sa fille et suis donc mal placée pour
cela.
Citaf : Je pense
que vous le faites déjà avec les OPK ?
M-R K : Oui, mais les
OPK c’est autre chose, c’est tout à fait différent. Je crois que les courants
de pensée, il faut les laisser aux scientifiques. Je fais à ma façon ce que je
suis capable de faire sans pouvoir être contredite. J’ai eu un papa qui a été
porté au pouvoir par un parti politique qui fut le sien. Ce parti existe et
n’est pas encore mort , même s’il a éclaté en plusieurs ailes. Ils ont tous de
l’estime pour une personne. Ce n’est pas un parti tribaliste parce que
l’indépendance qu’ils ont réclamée n’était pas seulement pour les Bakongo,
c’était pour tout le monde. Donc, c’est mal concevoir de dire que c’est un
parti tribaliste. Il y a même un député au parlement qui opère avec ce label.
Je ne serai pas dans mon assiette si j’adhérais à un autre parti.
Citaf : Par
rapport à vos alliances, la famille politique du chef de l’Etat prône
l’unitarisme alors que l’ABAKO est fédéraliste ?
M-R K : Mais le
fédéralisme c’est quoi pour vous ? C’est gérer sa région d’origine mieux que les autres . Fédéralisme, oui,
unitarisme, pourquoi pas.. La Belgique a dirigé ce pays à 8.000 km de distance.
Il fallait bien gérer les provinces. Si vous vous focalisez tous sur Kinshasa
et vous négligez les provinces, qui va
y rester ? Avec le fédéralisme, nous pensons qu’on pourra mieux gérer les
régions. Il faut qu’il y ait de nouvelles structures pour appuyer cette force
et ne pas tout miser sur Kinshasa. Le pays ne va pas se développer comme ça, il
faut que les provinces aussi se développent. Alors si le fédéralisme est
instauré, ce n’est pas mauvais non plus.
Citaf : Avec votre
famille biologique, il y a ce climat de perpétuel conflit au point que les
juridictions en sont saisies… Vous êtes en désaccord avec vos sœurs et frères …
M-R K : Moi je ne suis
pas en conflit avec qui que ce soit. Et puis, je n’aimerais pas que vous
continuez à me coller chaque fois mes frères et mes sœurs sur mon dos. Que
chacun gère sa vie et sa famille respective, nous sommes tous majeurs. Les
actions que j’entreprends ne m’engagent que moi seule. Ce ne sont pas mes
enfants. Je n’ai de comptes à rendre à personne. Ce n’est pas eux qui gèrent ma
famille. Ce n’est pas moi non plus qui gère les leurs. Tenez par exemple :
on m’injurie, on me donne l’ordre de quitter la scène. Comme nous sommes tous
égaux devant la loi, la Constitution aussi nous garantit tous ces droits et mon
droit le plus fondamental est celui-là. Je fais recours à un avocat, comme cela
les choses seront plus claires. Personne ne peut accepter de se faire injurier.
C’est inacceptable, raison pour laquelle nous avons saisi les cours et
tribunaux.
M-R K : Citaf : Et la fête d’anniversaire ?
M-R K : Ce fut un grand
Président. Je me sens dans l’obligation de le faire parce que je ne peux pas
aller supplier quelqu’un pour parler de mon père.
Citaf :…
Mais faut-il qu’on parle tout de même de ce mausolée. Où en sommes-nous ?
L’opinion s’interroge…
M-R K : Moi, j’ai confiance aux institutions de notre pays à qui j’ai donné une certaine caution morale pour l’érection de ce mausolée, Je n’ai reçu aucun centime pour cela. On m’a assuré que le travail se fera. Je ne peux pas me mettre à la place de ceux qui ont pris ces décisions, et ne peux en dire plus. Je ne peux empiéter sur des prérogatives qui ne sont pas miennes. En conclusion, la patience est une vertu. Ce mausolée, nous ne pouvions rêver mieux pour réhabiliter la personnalité et la mémoire de Joseph Kasa-Vubu.