Le
Port de Matadi relève la tête et refuse de mourir
Morton
Stanley avait dit : sans chemin de fer, le Congo ne vaut pas un
penny !
Directeur
du département des ports maritimes (DPM ) au sein de l’office national des
Transports ( Onatra ) avec comme quartier général Matadi, Milarbure Kitanda
aime rappeler à ses visiteurs cette célèbre citation de l’explorateur anglais à
laquelle il ajoute aussitôt une autre de son crée : sans port maritime, le
Congo ne vaut pas un penny ! c’est pour avoir une sortie maritime que Léopold
II avait jugé bon de céder à ses voisins français et Portugais une importante
bande de terre qui devait se révéler
très riche en hydrocarbures. Sans que personne ne se hasarde à condamner cette
transaction dont la justesse continue à être défendue encore aujourd’hui par
les faits, Matadi et les autres ports maritimes, Boma et Banana, se révèlent
comme des instruments irremplaçables de notre commerce extérieur. Par ces ports
passe l’essentiel des importations et des exportations de toute la partie Ouest
de la RDC sans oublier celles plus limitées de nos voisins congolais et
centrafricains.
Matadi
et les autres ports maritimes, c’est aussi pour le moment la plus grosse main
d’œuvre de la région, 85ù des recettes de l’Onatra, 65ù des recettes de l’OFIDA
et une grosse part du chiffre d’affaires des transitaires.
Tout
ceci et bien d’autres considérations d’ordre stratégique expliquent pourquoi,
pour une fois, une grande mobilisation
s’est mise en place, à tous les niveaux, pour sauve le port de Matadi, menacé
d’être mis au ban de la communauté internationale de la navigation
maritime , à cause des maux qui rongent et qui ont pour noms :
insécurité symbolisé par d’incessantes violations des cargaisons la passivité
de la frontière livrée à toutes sortes de trafic aux quelles s’ajoutent des
coûts jugés les plus chers de la région suite notamment à la grande faiblesse
des équipements qui rend la manutention particulièrement inefficace, le séjour
long et la sécurité aléatoire.
C’est
l’ultimatum de l’organisation maritime internationale lors de son assemblée de
l’année passée qui avait sonné l’alerte chez les responsables congolais.
L’organisation
internationale avait donné 6 mois à la RDC pour mettre son port de Matadi à la
norme I.S.P.S Faute de quoi , ce port sera retiré de la liste des ports
homologués et fréquentables avec toutes les conséquences qui devaient s’en
suivre.
Cet
ultimatum a été pris très au sérieux par tous les responsables et chose encore
plus rare, il a été suivi d’effets.
Deux réactions dont se félicite le Directeur du DPM, M. Mwilambwe Kitanda.
Alors
que les hommes politiques originaires de la région et l’exécutif provincial ne
cessent de mobiliser l’opinion publique et d’interpeller le gouvernement,
l’Onatra à travers la direction générale, et le Département des Ports maritimes
ont résolu de prendre le taureau par les cornes en se mettant résolument au
travail avec ce dont on pouvait disposer de par soi-même, contrairement à la
tendance à la mode, de tout attendre, de la fameuse « communauté
internationale « .
La
direction du port a décidé d’attaquer le mal à la source afin d’éradiquer le
mal.
Le
mal vient de ce que n’importe qui peut entrer au port, s’y promener partout
comme il veut. D’où, évidemment l’invasion de cet espace par toutes sortes de
marginaux qui posent des actes de vandalisme ou de simples vols dans les
magasins et sur les véhicules garés sur des aires de stockage non protégés, mal
éclairés et gardés par un personnel peu motivé, insuffisamment formé et dont
les effectifs ne sont certainement pas à la hauteur des tâches à exécuter.
Aussi,
a-t-elle décidé d’instituer des contrôles sévères pour entrer au port et de
diviser l’aire d’exploitation en zones de sécurité dont chacune sera soumise à
des mesures de contrôle à la hauteur des menaces qui pèsent sur elle.
Et
qui elles-mêmes sont déterminées par la fonction qu’elle remplit dans cette
exploitation.
Trois
zones seront désormais à distinguer au sein du port de Matadi.
La
zone A comprend toute l’aire d’exploitation qui part des quais 1 à 12 et qui
comprend outre les quais proprement dits où se meuvent les grues et autres
engins de manutention, les voies de circulation ( rail et route ), les magasins
de stockage ainsi que divers aires de parking où on garde des véhicules et des
containers vides ou pleins, import ou export.
La
zone B comprendra les services administratif des 4 seuls services autorisés à
opérer aux frontières, à savoir à part l’Onatra : l’OFIDA, l’OCC, la DGM
et l’Hygiène ( QI ).
Enfin,
la zone C comprend le fleuve et la rive droite du fleuve Congo qui fait face au
port.
ZONE
Chaque
zone a sa spécificité. Partant des dispositions spécifiques sont prévues pour
sa protection.
Ainsi,
après avoir fait le tour des chantiers actuellement ouverts en compagnie de
l’ingénieur Kisolo Kiala, Directeur en charge de la Régie des constructions de
l’Onatra, déplace de Kinshasa pour Matadi – ce qui, une fois de plus prouve
toute l’importance que la direction de l’Onatra attache à ce projet - , nous
avons pu connaître dans les détails les travaux prévus en cru de sécuriser une
fois pour toutes le port de Matadi.
Selon
l’ingénieur Kisolo, la zone A va bénéficier d’une attention particulière de la
part de la direction générale de l’Onatra et du Département des Ports
maritimes.
La
principale réalisation sera la construction d’un long mur de plus de 2400 m de
longueur et 3 mètres de hauteur.
Ce
mur partira du ponton Boma. Jadis utilisé par les passagers de la vedette venus
de Boma et Banana et situé près de la gare ferroviaire. Il traversa le port sur
toute sa longueur selon un tracé précis que nous avons parcouru sous le soleil
brûlant de Matadi, de la gare ferroviaire au parc à grumes de la SIFORCO en
direction de Ango Ango.
Selon
les explications qui nous ont été fournies par l’ingénieur Kisolo, chef de
projet, ce mur passera entre voies ferrées et voies de circulation terrestre
coupant souvent en place de 17 portails.
De
la gare ferroviaire, il rejoindra la fosse import d’où, par une petite
perpendiculaire il rejoindra le bâtiment administratif du port qui, de ce fait
constituera la frontière entre cette zone A, de haute sécurité et la zone B.
Des
bureaux du DCMP, le mur se dirigera presqu’à la perpendiculaire vers la voie Ango
qu’il longera dépassant tour à tour Midema, l’entrée Nkala Nkala –et le parc
Siforco avant de s’enfoncer dans le fleuve.
Un
complexe de bureaux occupera l’espace compris entre le bâtiment administratif
et la voie Ango.
Des
guérites seront – construites aux points de passage. Il faudra montrer patte
blanche pour être autorisé à passer dans la zone A où toutes les équipes seront
obligées de porter un uniforme spécifique.
Chaque
agent devra arborer un badge d’identité. A chaque sortie de la zone, les véhicules
et les personnes seront fouilles – Des tourniquets réguleront les flux.
L’entrée
des véhicules restera à Nkala Nkala où deux voies seront organisées : une
pour l’entrée, une autre pour la sortie.
Enfin,
nous a précisé M. Kisolo, le mur sera couronné par des barbelés de type
américain. Des cameras seront installés aussi ici et là pour surveiller toute
la zone A.A ce dispositif sera ajouté aussi des miradors d’où opéreront des
gardes spécialement formés.
Un
délai de 2 mois seulement sera nécessaire pour achever ce mur, dès que tous les
matériaux seront disponibles – Il faudra entre autre 90000 briques de ciment.
En
attendant, il n’est question de croiser les bras – En deux semaines seulement
après le premier coup de pioche donné le 11 mars dernier, des choses ont déjà
été réalisées et le mur est déjà sorti de terre en quelques endroits alors que
les semelles et les fondations ont déjà été construites sur la grande majorité
du tracé du mur alors que la pondeuse à briques venue de Lufu Toto est à
l’œuvre à l’autre bout de la gare ferroviaire qui sera dans ce projet bien
séparé du port.
La
haute direction de l’Onatra et le DPM affichent une détermination tous azimuts
pour mener ce projet jusqu’au bout.
C’est
pourquoi, des hommes éprouvés ont été choisis pour conduire le projet.
Ceux-ci
recourent sur le terrain à une pédagogie tout aussi éprouvé – Il faut dès
maintenant montrer à tout le monde que les choses vont changer et que ce mur
sera construit dans les délais exigés par l’organisation maritime
internationale afin que le port soit définitivement sauvé .
Dans
cette perspective, l’équipe Kisolo a expressément planté le mur d’abord à Nkala
Nkala, à côté du bâtiment administratif puis sous le ponton Boma - Des endroits très fréquentés et où les
changements en cours pourront déjà être entrevus.
ZONE
B
A
l’entrée de la zone B, entre le mur et la route Nkala Nkala, côté AMI-CONGO,
les visiteurs qui entrent au port peuvent déjà sentir le changement.
Des
éléments de la police militaire et de la police d’intervention Onatra ne
laissent passer que ceux qui sont autorisés d’entrée au port.
Ceux
qui en sortent sont fouillés, si nécessaire. Tous les véhicules sont examinés
soigneusement.
Au
niveau du bâtiment administratif, un deuxième barrage composé de policiers –
Police nationale et Onatra – contrôle à nouveau les visiteurs.
Tous
ces contrôles produisent déjà un effet visible : le port n’est plus aussi
encombré qu’aux jours de pagaille.
Avec
l’exécution du plan en cours, les résultats seront encore plus probants. Il est
prévu en effet qu’u mur soit construit sur
les hauteurs de la colline qui surplombe le port du côté de Nkala
Nkalaet sur laquelle des constructions ont été érigées.
Cette
colline abrupte mais tout à fait découverts étant devenue le passage le plus
facile pour accéder au port en échappant aux points de contrôle.
Tous
les marginaux qui l’empruntent ou s’en servent comme quartier général d’où ils
dirigent les opérations de pillage du port devront bientôt déchanter. Il est
prévu que des caméras places sur la rive droites la traquent aussi. Des
patrouilles armées aussi prévus sur le fleuve.
Quant
à ceux qui ont construit sur ce terrain Onatra et qui devront décamper ne
devraient s’en prendre qu’à eux-mêmes.
Car,
il n’est question que l’Onatra recule. L’enjeu est trop important tant il est
vrai qu’il n’y a personne qui prendrait le risque de laisser mourir le port. Au
risque de laisser mourir le pays tout entier puisque comme on le sait, la RDC
ne vaut pas un penny sans Matadi et sans une porte sur l’océan et le monde.