Le Pool et les associations loi 1901
La
loi du 1er juillet 1901 existe depuis cent deux ans. Elle offre un
cadre juridique et administratif indispensable à toute action concertée
collective. Le dynamisme de la vie associative est telle qu’elle constitue
désormais un troisième secteur de l’économie encore appelé économie solidaire,
pourvoyeur d’emploi mais surtout efficace pour suppléer ou palier les carences
de l’état et les manquements du libéralisme.
Nous exhortons les Bisi-Pool à la création des ONG pour
la reconstruction et le développement de notre région. Le Pool et le Congo ont
besoin de ce troisième secteur. L’activisme, le dynamisme et l’esprit
d’initiative kongo-lari, que nous louons sans cesse ne semblent pour l’heure
s’exprimer qu’à l’échelon individuel. En revanche, ils pèsent lourdement sur
toute volonté d’action collective, la peur d’être de nouveau stigmatiser, la
crainte (injustifiée ?) de représailles et la méfiance d’être enrôlé dans une démarche
politicienne et tribaliste. Ka béto bué kwa tu buéni, nitu ya biya, ya yika
bunkuta. Sommes-nous tous devenus paranoïaques au Pool ? Les drames successifs que nous avons vécu, nous
ont-ils plongé dans une sorte de résignation ou de poltronnerie au point de ne rien oser faire pour notre propre
survie ?
La
concertation de la société civile congolaise organisée à l’initiative de la
fondation Niosi avait réfléchit sur la place et le rôle des associations dites
loi 1901 dans notre pays. Nous reproduisons ces propos très instructifs qui
doivent nous aider à quitter notre résignation, notre défaitisme pour vivre
pleinement notre citoyenneté et afin de construire le Pool et le Congo du
troisième millénaire à coté des associations sœurs comme Ekonga pour Owando,
Kintouari pour Mouyondzi, l’association pour la reconstruction et le
développement du Niari, le cercle d’études et d’actions pour le développement
de Ngo, l’association pour le progrès de Lékana, l’association des jeunes du
district de Madingou-Kayes, la société pour le développement de la Cuvette
Ouest, le cercle de réflexion et d’action pour le développement de Pikounda,
etc…, autant d’ONG que nous voulons encore plus nombreuses et plus
performantes.
La concertation de la société civile
La société
civile peut être définie comme un regroupement de personnes qui, dans
l’exercice de leur droit naturel à l’initiative, s’organisent pour la
satisfaction des besoins communs. Différente de l’état et de la société dite
politique, elle se caractérise, entre autres critères, par son autonomie
structurelle et financière ainsi que par son bénévolat.
Quel
rôle pour la société civile congolaise ?
Fille de
la démocratie, la nouvelle société civile, faite d’ONG, de fondations et autres
associations apolitiques, s’est donnée la mission du développement intégral,
tout en restant en dehors des ornières de la politique ; mais en se
réservant le droit d’intervenir dans le débat politique comme partenaire chaque
fois que la paix sociale et l’unité nationale seraient menacées. La société
civile s’est donc depuis lors, investie dans tous les domaines du développement
: développement économique des zones rurales, emploi des jeunes, insertion
sociale des jeunes désœuvrés et des handicapés, défense des droits de l’homme,
conscientisation sur la citoyenneté, etc.
Son vaste programme de développement
économique, social et citoyen ne peut se mener que dans un climat de paix
sociale. C’est pourquoi, devant les guerres politico-ethniques à répétition que
la classe politique a imposée au peuple congolais et face à la déchirure
sociale qui s'en est suivie, la société civile congolaise considère le retour à
une paix définitive comme un préalable incontournable à la dynamique de ses
activités sur l’ensemble du territoire et au développement du Congo. C’est
ainsi qu’elle doit s’impliquer dans la recherche d’une solution définitive à la
crise congolaise.
La société civile se veut dès
aujourd’hui partie prenante, non pas dans la gestion politique des affaires de
l’état, car ce n’est pas son rôle, mais au débat politique national de l’heure.
Car c’est elle qui a payé le plus lourd tribut aux trois guerres civiles que
lui a fait subir la classe politique et qui se sont soldées par : des
dizaines de milliers de morts, la paupérisation accentué de la population, la
destruction des habitations privées, le pillage des biens matériels, des
milliers de femmes violées et traumatisées pour la vie, des milliers d’orphelins
transformés aujourd’hui en mendiants, etc. Si elle demeure et doit rester
apolitique en application de la loi de 1901 dont elle est issue, il n’en
demeure pas moins qu’elle est la première concernée dans le débat actuel de la
recomposition du tissu social de notre pays.
Représentative de toutes les couches de
notre société, la société civile exige qu’elle soit désormais impliquée dans
toutes les concertations et négociations organisées par le pouvoir politique
pour la restauration d’une paix durable, de la stabilité politique et de
l’unité nationale. Elle considère le dialogue comme la seule voie capable de
ramener le calme et la confiance mutuelle entre tous les fils du Congo. En
exigeant d’être impliquée dans la recherche d’une solution qui passe forcément,
la société civile se fait la voix des sans voix dans la philosophie de
l’article 45 de la charte des droits et libertés, selon lequel « tout
individu a le devoir [...] de contribuer à la promotion de la santé morale de
la société, de préserver et de renforcer l’unité et la cohésion nationales
quand elles sont menacées ».
Le Congo n’est pas encore en démocratie,
étant entendu que « transition » n’est pas « démocratie ».
De grands défis nous attendent encore pour asseoir une véritable démocratie, eu
égard à l’état de sous-développement politique de la classe politique
congolaise. De nombreuses difficultés seront encore à surmonter pour bâtir un
état de droit au Congo. Pour que ces difficultés objectives ne se transforment
plus jamais en crises politiques qui dégénèrent en conflits armés, la société
civile doit se constituer en partenaire permanent du pouvoir politique. Pour ce
faire, elle doit mieux s’organiser pour se constituer en force sociale
apolitique, totalement indépendante du pouvoir politique et qui lui fasse
réellement contrepoids.
Malheureusement aujourd’hui un certain
nombre d’associations politiques se sont créées qui se prétendent
« Organisations Non Gouvernementales », mais qui ne sont en réalité
que des appendices de certains partis politiques, et dont la double mission est
à la fois de faire la promotion de leurs leaders politiques respectifs et de
noyauter la société civile. D’autres n’ont pour toute existence que le fait de
posséder un récépissé du ministère de l’intérieur, se réduisant en réalité à
deux ou trois personnes qui ne se sont jamais illustrées dans quelque activité
que ce soit dans le domaine de leur prétendue compétence.
Comment
s’organiser ?
Il apparaît donc impérieux à la société civile de
faire le ménage en son sein. Elle doit au plus vite recenser toutes les ONG et
les catégoriser selon leur domaine d’activités. De la sorte, le pouvoir
politique aura chaque fois, en face de lui un partenaire de discussion en
fonction de la nature de la difficulté ou de la crise à éviter ou à juguler. Le
comité de suivi de la concertation de la société civile doit donc regrouper les
associations des droits de l’homme, de paix et de citoyenneté en un pool ;
les associations de développement en un autre, etc. Chaque association, tout en
gardant son indépendance vis-à-vis des autres, et sa liberté d’action,
constituera avec les autres un groupe de pression dont le pouvoir politique
devra désormais tenir compte. La société civile s’est caractérisée jusqu’à
présent non pas par la langue de bois comme l’on a souvent tendance à le
claironner dans la sphère politique, mais pas des actions menées trop isolement
et qui de ce fait n’ont jamais eu d’impact réel, ni sur la population ni sur la
classe politique, ni encore moins sur le cours des événements dans notre pays.
A chaque tragédie, la classe politique a eu beau jeu de tirer à boulets rouges
sur la société civile, l’accusant d’inertie devant les événements. Parce que
ses actions n’ont pas été concertées, la société civile ne s’est pas fait entendre.
Parce qu’elle a essayé de lutter en rangs dispersés, la société civile ne s’est
pas imposée comme force sociale. Il en sera toujours ainsi tant qu’elle ne
prendra pas conscience de sa faiblesse actuelle, de sa puissance potentielle,
et de son rôle réel dans le Congo d’aujourd’hui et de demain.
La concertation de la société civile
organisée en 1998 à l’initiative de la fondation Niosi, a permis de créer un
espace de concertation qui permettra à la société civile de s’organiser pour
ceux des combats qu’elle doit mener en rangs serrés, pour peu que le comité de
suivi qui en a été issu se montre à la hauteur de la tâche. Un seul doigt ,
dit-on ici ne lave pas la figure ; une hirondelle, affirme-t-on là, ne
fait pas le printemps. La force de la société civile ne peut donc venir que de
son unité sans aliéner d’aucune manière la liberté d’action ni l’indépendance
de chaque ONG. Ce n’est qu’à ce prix que devant l’irresponsabilité et la folie
meurtrière de la classe politique dont les populations sont les seules
véritables victimes, elle sera capable de dire : « plus jamais
ça ! » et de se faire entendre.
D’autre part, même sur le terrain
socio-économique qui constitue le champ naturel d’activités de beaucoup d’ONG,
la société civile devrait dépasser l’amateurisme qui a caractérisé beaucoup
d’associations de développement jusqu’à présent. Beaucoup d’autres, pleines de
bonne volonté, se heurtent à des difficultés réelles de financement pour
réaliser leurs projets. Elles deviennent ainsi, assez facilement, des proies
pour les rabatteurs politiques qui très rapidement les mettent sous leur coupe
et en font leurs griots, les détournant de leur idéal originel, contre de
petites gratifications financières octroyées aux membres des bureaux. La
société civile, si elle se veut sérieuse et si elle veut être prise au sérieux,
devra montrer son savoir-faire sur ses domaines de prédilection. Elle doit, au
sein de la concertation, définir les axes prioritaires pour la relance de la
vie sociale et économique du pays. A partir de là, chaque ONG pourra définir
les actions concrètes à mener, et des financements pourront être recherchés en
commun. Cela créera une plus forte dynamique de la société civile et accentuera
sa cohésion et son impact socio-économique.
Ainsi donc, en vue de jouer pleinement
son rôle dans la nouvelle société congolaise, la société civile se doit de
relever d’importants défis, et ce à trois niveaux au moins :
- vis-à-vis de la classe politique et
des pouvoirs publics ;
- vis-à-vis des citoyens et
- vis-à-vis d’elle même.
Elle devra
en conséquence :
- sauvegarder son autonomie vis-à-vis
de la
classe politique et des pouvoirs publics ;
- éviter la politisation de ses
activités
- collaborer de manière transparente
avec les pouvoirs publics entretenir une concertation permanente au sein
des ONG et associations ;
-mettre en place des réseaux locaux et
nationaux des ONG et associations oeuvrant dans des domaines identiques, etc.
Source :
la concertation de la société civile ; fondation Niosi, BP
1486 Brazzaville, Congo.